Yves Bonnet :

Yves Bonnet : "C'est un moment qui permet de garder le contact avec la base de la viticulture. Les surfaces en fermage et métayage représentent près de 70% du vignoble. Nous constituons donc une véritable famille sociale. Lors de l'assemblée générale, on essaie d'apporter des réponses à des problèmes concrets, comme la restructuration du vignoble ou l'arrachage.
Autre objectif de la réunion : rassurer les viticulteurs quant à leur relation avec les bailleurs. Avec la crise, les rapports sont parfois tendus, même si on arrive à obtenir des résultats sur le prix du litre/fermage et si les propriétaires consentent des efforts. Les uns ne peuvent de toute façon pas se passer des autres.
Enfin, nous allons aborder le problème de la loi d'orientation agricole, sous l'angle de la nécessité de conserver un statut fort des baux ruraux."
Quel photographie faîtes-vous aujourd'hui de la profession?
"La situation s'est encore détériorée par rapport à l'an dernier, avec des niveaux d'endettement parfois très élevés. Ceux qui le pouvaient ont vidé leurs bas de laine. Avec l'atomisation des exploitations, on ne se rend pas facilement compte de l'ampleur de la crise, bien moins que lorsqu'un site industriel ferme ses portes par exemple. Mais les problèmes humains peuvent être désastreux. Ainsi, les fermiers-métayers sont souvent logés par le propriétaire.
"Les nuits blanches sont nombreuses"
Le jour où l'activité cesse, le risque est de se retrouver sans toit. C'est pourquoi certains exploitants continuent à travailler la vigne."
La crise économique va de pair avec des difficultés psychologiques...
"Nous sommes face à une population qui souffre beaucoup. Aujourd'hui, beaucoup se sentent démunis, isolés, parfois abandonnés. Mais il faut qu'ils cessent de culpabiliser à l'idée de demander des aides publiques, en gardant à l'esprit que l'échec est collectif.
Les nuits blanches sont nombreuses actuellement en Beaujolais. Beaucoup d'exploitants doivent faire face à une grande fragilité psychologique. On ne prend pas souvent en compte les problèmes familiaux, par exemple au sein des couples. Les viticulteurs sont désormais souvent mariés à des femmes qui ne sont pas issues du monde viticole ou qui travaillent à l'extérieur. Comment justifier, même par la passion, la poursuite d'une activité qui mène à la ruine?"
Les soucis du fermage et du métayage, ce sont aussi ceux des populations retraitées de l'agriculture...
"Tout à fait, les propriétaires sont souvent également des parents, parfois très âgés, pour qui les fermages et métayages sont un moyen de compléter leur maigre retraite. Ils sont aussi désemparés que nous aujourd'hui."
Quelles sont selon vous les raisons d'espérer?
"Il ne faut pas baisser les bras et creuser toutes les pistes. J'y crois encore beaucoup. Si la production s'est déjà largement améliorée, il reste encore beaucoup à faire au niveau commercial. Aux viticulteurs d'investir des secteurs que les négociants n'atteignent plus, comme les cafés-hôtels-restaurants lyonnais.
"La viticulture beaujolaise n'est pas immortelle..."
Il faut prendre notre avenir en main. On ne peut pas continuer à perdre autant de viticulteurs. Sinon, c'est le vignoble lui-même qui est menacé, faute de bras mais aussi sous la pression urbaine. La région a d'autres atouts économiques. Il ne faut pas croire que la viticulture beaujolaise est immortelle. On a déjà vu des vignobles être rayés de la carte au cours de l'Histoire.
Mais je crois beaucoup à l'argument du territoire pour sortir de cette mauvaise passe. On appelle parfois le Beaujolais la "Toscane de France". Sans les viticulteurs, ce patrimoine esthétique est menacé de disparition. Voilà là un bon levier de mobilisation collective, au-delà du monde viticole."
Propos recueillis par Julien Verchère
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