Viticulture : clap de fin pour l'union viticole

Le nouveau schéma de gouvernance de la viticulture beaujolaise sonne la fin de l'Union Viticole du Beaujolais. Les deux ODG

C'est une évolution très importante pour l'organisation de la filière viticole qui a été discutée lundi matin à l'occasion de l'assemblée générale de l'Union Viticole du Beaujolais, dernière du nom. Pour éviter de voir les dérapages verbaux habituels étalés dans la presse, les viticulteurs avaient pris la décision de ne pas inviter les médias. "Les débats n'ont pas été si vifs que ça", commente après coup l'un des participants. Difficile d'en attester...
Pas simple non plus de résumer en quelques lignes une réforme dont les viticulteurs eux-mêmes ont des difficultés à percevoir les enjeux. Une chose est certaine : l'UVB n'existera bientôt plus en tant que syndicat, remplacé par deux ODG (Organisme de Défense et de Gestion). D'un côté, les appellations beaujolais et beaujolais-villages avec à leur tête Daniel Bulliat, de l'autre, les dix crus, représentés par Gilles Paris. Et au milieu, un comité permanent rassemblant des représentants de chaque ODG, ainsi qu'un collège de "membres associés" dont on sait encore peu de choses. Sans pouvoir décisionnel, ce comité permanent aura pour difficile mission de favoriser le consensus et ainsi d'éviter de donner à l'extérieur l'image d'un vignoble divisé.
A la tête de ce comité, un secrétaire général sera bientôt élu. Sans pouvoir de décision, sa mission consistera essentiellement à superviser le fonctionnement des services de l'union viticole basés au 210 en Beaujolais. Ceux-ci continueront à jour le rôle de plate-forme technique et administrative. Après des années de travaux et de discussions enflammées, voilà quel sera paysage de la viticulture en Beaujolais.
Mais pourquoi employer le futur ? Pour une simple raison juridique. Le quorum n'ayant pas été atteint, aucune décision n'a pu être légalement entérinée... "Sur le fond, les décisions sont prises, il s'agit simplement d'un souci juridique", rassure Bruno Matray, qui évoque la perspective de la réunion pré-vendanges pour rattraper le coup.
Qui à Inter Beaujolais ?
Maintenant comme dans quelques semaines, Bruno Matray, président de l'union viticole depuis deux ans et demi, ne veut pas servir de caution à cette nouvelle organisation. Annoncé de longue date, son départ des instances est cette fois-ci officiel. "Mon mandat n'a pas été tranquille, loin de là... En ne me représentant pas, je respecte ce que j'ai déjà dit : l'organisation qui va se mettre en place est différente de celle que je souhaitais, c'est pour ça que je ne m'y associe pas." Au-delà de la position de M. Matray, ce nouveau schéma de gouvernance est loin de faire l'unanimité, les partisans d'un ODG unique faisant entendre les arguments suivants : "Le système qui va être mis en place est bancal; on va continuer à avoir droit à des bras de fer incessants entre les deux ODG et ça ne va pas favoriser l'émergence de grandes idées pour le vignoble", estime un viticulteur, "à quoi vont servir les membres associés, qui n'auront aucun poids ?", interroge-t-il encore, concluant sur le flou qui entoure la représentation de la viticulture dans l'interprofession : "En ne choisissant pas de former un front uni, on va laisser le champ totalement libre aux négociants", craint-il. Posée, la question de la représentation des viticulteurs à Inter Beaujolais n'a pas encore de réponse claire. Ghislain de Longevialle devrait quitter la présidence de l'organisme paritaire lors de la prochaine assemblée générale, fixée au 21 juillet. Le négoce doit - s'il l'accepte - hériter de la succession de ce mandat "tournant". Mais côté viticulture, qui disposera de la légitimité nécessaire pour assumer à minima une vice-présidence ? Difficile de donner aujourd'hui une réponse. Le vignoble n'en a pas encore terminé des douloureuses réformes.
Julien Verchère
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