Vendanges : le soleil au secours du Beaujolais

Avec le retour du soleil, les vendanges ont débuté sur une note plutôt positive, la qualité du millésime étant en partie liée aux conditions météorologiques régnant durant la récolte. Mais les quantités ramassées sont faibles. Dans les secteurs affectés par la grêle, on n'a même pratiquement pas vendangé. Reportage à Saint-Jean-d'Ardières et Denicé.
Certains n'y croyaient plus. Il est pourtant bien présent depuis le début de la semaine et le grand lancement des vendanges 2008, s'invitant sur les coteaux au cœur des troupes. Il, c'est le soleil, trop souvent absent du vignoble pour faire de 2008 un millésime d'exception, mais de retour au meilleur moment afin d'éviter le cauchemar. Car la qualité des vins se joue pour partie dans la dernière ligne droite, au moment de la cueillette.
Et lundi après-midi, à Saint-Jean-d'Ardières, André Colonge ne cachait pas une certaine satisfaction, penché en compagnie de son fils Samuel sur le berceau du nouveau-né. "C'est un temps parfait après la météo médiocre des dernières semaines. Du soleil et un joli vent de nord, enfin. La qualité du raisin est bonne, même si on rencontre des situations assez hétérogènes selon les parcelles. Mais si on effectue une moyenne, il y a de quoi être plutôt content, commente M. Colonge, les vinifications ne s'annoncent pas simples, c'est encore une année de vignerons, où le savoir-faire des uns et des autres va ressortir".
Installé à Lancié, le domaine Colonge et fils est traditionnellement l'un des premiers à lancer la campagne en Beaujolais. "Nous avons bénéficié d'une dérogation pour débuter dès jeudi dernier. La spécificité de notre exploitation, c'est qu'il existe peu d'étalement de maturité. On doit ramasser une surface de 34 hectares en quinze jours", explique André Colonge. 36 coupeurs, tous polonais ou presque, s'activaient lundi pour rentrer le plus vite possible la récolte, les nombreux fidèles découvrant au passage l'usage du sécateur, nouveauté de la maison en 2008.
Faibles quantités
Si la qualité n'inquiète pas sur cette exploitation, la quantité n'est par contre pas au rendez-vous. "Le rendement moyen est faible, sans doute de l'ordre de 40 hl/ha. Et encore, j'ai la chance de ne pas avoir été touché par la grêle. Rapporté à l'hectolitre produit, c'est un millésime qui va coûter cher, car les coûts de production ont été importants en raison des conditions climatiques difficiles. Ce n'est pas une année évidente", analyse encore le viticulteur de Lancié.
Des paroles qui font écho à la situation de nombreux viticulteurs en Beaujolais, alors qu'environ 15 % du vignoble a été sinistré par les nombreux orages qui se sont abattus sur la région. A Denicé, la grêle tombée au début du mois d'août a semé le glas du millésime 2008. "Sur une bande de 500 mètres de large, de Montmelas à Gleizé, il n'y a plus rien", résume Louis Goujon, viticulteur sur la commune et touché de plein fouet par le fléau.
Les vendanges sont d'ailleurs terminées avant même d'avoir vraiment commencé. Un jour et demi au lieu des douze journées de récolte habituelles. "On a fait ça en famille et entre amis. Sur certaines parcelles, on ramassait à peine un seau par rang", illustre Michelle, aussi dépitée que son mari.
Le couple de vignerons escompte remplir une petite cuve au final, histoire de satisfaire quelques clients du fichier "vente directe". Une goutte (de vin) au regard de la vingtaine de cuves normalement prévues. "L'assurance grêle couvre à peine les coûts de production. Il ne faudrait pas que cela arrive tous les ans", souffle Louis. "On a hâte de tailler ces vignes et de tourner la page. Vivement 2009...", ajoute Michelle.
Quant à Denis Chilliet, viticulteur sur le domaine de Talancé, de l'autre côté du vallon, il hésitait encore en milieu de semaine à vendanger des parcelles dont il ne reste plus grand-chose à espérer pour cette année. "Pour les rouges, c'est foutu, peut-être peut-on ramasser un peu de blanc. Mais si on produit 50 hl au final, ce sera bien le maximum. Habituellement, le volume annuel avoisine les 2000 hectolitres", raconte-t-il. Les vendanges sont loin d'être achevées, mais le millésime 2008 a déjà choisi de ne pas placer tous les viticulteurs sur un pied d'égalité. Tandis que certains retrouvent un peu le sourire, d'autres continuent à grimacer.
Julien Verchère
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