Vendanges : la baisse des rendements divise

Lors d’une assemblée générale conviant les viticulteurs de la région, techniciens et élus du monde viticole ont livré leurs derniers conseils avant le ban des vendanges fixé au 25 août. Mais la question des rendements, passés à 50 hl/ha, a largement dominé le débat.
L’assemblée générale pré-vendanges, qui se tenait vendredi dernier au cuvage de Lacenas, fait figure de rendez-vous incontournable pour les viticulteurs de la région : techniciens et élus du monde viticole livrent en effet leurs dernières recommandations avant les vendanges. Mais, une fois n’est pas coutume, ce sont principalement les questions économiques qui ont rythmé la séance. D’emblée, Bruno Matray, président de l’Union viticole, annonçait la couleur : "Nous sommes dans une période de tensions. Certaines réglementations ne conviennent pas…"
En cause : les rendements. L’INAO a récemment annoncé son intention d’abaisser les rendements de 53 hl/ha à 50 hl/ha. Le potentiel pour cette année 2007 s’élevant, peu ou prou, à un volume d’un million d’hectolitres. Pour ses partisans, cela aurait pour effet de rééquilibrer la balance offre/demande, et de faire ainsi remonter les cours. C’est tout le contraire, selon ses détracteurs.
"Il faut se battre"
"La décision de l’INAO est injuste, a martelé Daniel Bulliat, président des appellations beaujolais-villages. Cela fait six ans qu’on baisse les rendements, et les prix sont toujours aussi bas. Je ne crois pas que ce soit la solution !" Un constat partagé par bon nombre de viticulteurs présents dans la salle. Daniel Bulliat : "Le problème, c’est qu’on n’aime pas les leaders dans le Beaujolais. On préfère sacrifier les exploitants les plus productifs. Ce sont pourtant eux qui peuvent tirer le Beaujolais vers le haut."
Le témoignage d’une viticultrice qui s’est vu proposer 40 euros l’hectolitre a particulièrement alimenté le débat. A ce prix-là, en effet, difficile d’en vivre… "Il faut se battre, a poursuivi le président des beaujolais-villages. On ne peut pas accepter cela en silence. Chaque année, il se vend plus de vins que les années précédentes. Et nous, on arrache systématiquement… C’est problématique."
En tout, 828 ha de vignes ont été arrachés, et 300 ha non taillés. Daniel Bulliat, ainsi que son homologue Gilles Paris (président des crus) ont d’ailleurs fait parvenir une lettre à l’INAO afin de contester la décision d’abaisser le volume des rendements. En effet, à l’instar de Damien Dupeuble, président du comité de défense des nouvelles pratiques viti-vinicoles, il croit encore à un retournement de situation. "La décision de l’INAO n’est pas acquise", ont-ils déclaré en chœur.
Bruno Matray a, quant à lui, botté en touche : "Pour l’instant, nous n’avons pas d’autres solutions. Il nous faut absolument trouver un équilibre. Nous n’y sommes pas encore parvenus."
Récolte 2007 : la rigueur avant tout
Malgré tout, la tribune s’est voulue optimiste. "Tous les vignobles français sont repartis à la hausse, a tempéré Daniel Bulliat. Par la force des choses, cela va repartir pour nous aussi." Pour sa part, le patron de l’UVB a appelé les viticulteurs à fabriquer le meilleur vin possible, et à participer au rayonnement du beaujolais en France comme à l’étranger.
Dominique Capart, de la commission commerciale de l’UVB, a d’ailleurs insisté sur le fait que "l’aspect commercial reste primordial." Et d’annoncer : "On avait besoin de quelqu’un qui soit à la fois un représentant de l’UVB auprès des viticulteurs et des clients…" C’est chose faite avec la prise de fonction en octobre prochain d’un jeune viticulteur récemment installé à Charentay, François Roth.
En attendant, selon les techniciens du CDB et de la Sicarex, c’est la rigueur qui devra primer lors de ces vendanges particulièrement précoces. Dès samedi, les vendangeurs seront à pied d’œuvre dans tout le Beaujolais. Ils devront trier consciencieusement leur récolte : seules les plus belles grappes seront conservées. Autre écueil : les écarts de maturation pouvant être très importants, il importe de bien définir l’ordre de ramassage des différentes parcelles. Afin d’affiner ses choix, la meilleure solution est de réaliser, en amont, toute une batterie de prélèvements, ont rappelé les techniciens. Pour des vendanges sans pépins…
Gabriel Pereira
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