Union viticole. Contestation : la trêve est terminée

Bruno Matray et les ex-dirigeants de l'association
Le Patriote : Vous aviez annoncé une pause dans votre action à l'occasion des vendanges et du primeur, avec la dissolution de Beaujolais tous Ensemble. Une fois la campagne du beaujolais nouveau, la lutte reprend?
Bruno Matray : "En quelque sorte, mais selon des modalités différentes. Nous avons choisi de ne pas reformer l'association BTE. On n'est plus au temps des manifestations. Le 23 août, l'action n'était pas très légale. Mais c'était un passage nécessaire pour faire bouger les choses et les instances, mais on est entré dans un autre cycle. Aujourd'hui, on agit en nos noms propres."
"Pourquoi ?"
"La campagne du beaujolais nouveau, caractérisée par une baisse des volumes mis en marché et une chute des cours, a fourni la preuve que la baisse des rendements n'était pas une solution efficace. On a demandé à tous de faire un effort, quitte à empêcher les exploitations les plus dynamiques de vendre autant de vin qu'elles pourraient le faire, et au final, le marché s'écroule. Et l'inquiétude monte avant le début de la campagne des vins de garde. Cette campagne a illustré les limites de la politique menée et des hommes en place à l'UVB."
"Après avoir défini un véritable programme politique à l'été, quelles sont les principales propositions que vous mettez aujourd'hui en avant?"
"Il faut travailler encore davantage sur la qualité et la typicité de nos vins, notamment à travers un renforcement de l'agrément, mais selon un système moins lourd et moins coûteux. Inévitable, l'arrachage doit permettre d'éliminer les mauvaises parcelles. En terme de promotion, on a sans doute besoin d'une communication encore plus ciblée, qui répond à un besoin d'efficacité. Il est d'autre part nécessaire d'aider à les plus démunis à se reconvertir, en ouvrant un pôle spécifique à l'ANPE. Enfin, il faut que la viticulture reprenne la place qui lui est due à la tête d'Inter Beaujolais le plus vite possible. C'est quelque chose de très attendu dans le vignoble."
"Avec quels hommes ce programme peut-il être mis en œuvre?"
Je réaffirme mon intention de briguer la présidence de l'UVB, mais entouré de gens compétents et déterminés. Une personne comme Daniel Bulliat peut être président des villages. Il a déjà une expérience au conseil d'administration de l'UVB, il préside aux destinées des Sarmentelles... Et puis il a un franc-parler et un dynamisme certain. Quant à Sylvain Rosier, il a la carrure pour prendre la tête d'Inter Beaujolais. Il a notamment beaucoup pesé dans la réflexion actuelle pour séparer primeur et vin de garde sur le plan de la communication."
"J'ai demandé à Ghislain de Longevialle de se retirer"
Mais quelle légitimité avez-vous ? Vous représentez un courant très hétéroclite, où l'on voit des exploitants en difficulté, mais aussi le comité pour les nouvelles pratiques viticoles...
"Sincèrement, on ne sait pas quelle proportion de viticulteurs nous représentons, mais nous avons su mobiliser le 23 août dernier. Nous savons que des viticulteurs viennent parce qu'ils veulent que les choses bougent. Quant au comité de Damien Dupeuble, nous n'avons pas toujours été d'accord avec eux et ils le savent. Mais nous souhaitons passer par le débat dans les appellations. On peut discuter avec tout le monde, et avancer autour des points d'accord, même s'il on n'est pas d'accord sur tout. Quoi qu'il en soit, ce qui s'est passé en août doit amener une ouverture des instances de l'UVB. Ce serait un message fort."
Michel Mercier a fait savoir qu'il souhaitait un accord rapide entre les deux parties avant de verser les subventions du Département en faveur de l'arrachage. Seriez-vous prêts à négocier avec Ghislain de Longevialle ?
"Michel Mercier nous a également fermement dit qu'il fallait que l'on sorte des querelles, mais j'ai accepté de briguer la présidence à condition de pouvoir compter sur des gens dynamiques, qui vont dans le même sens que moi. Compte-tenu de ce qui s'est passé, il doit y avoir un changement d'hommes et de responsables. J'ai rencontré Ghislain de Longevialle la semaine dernière et je lui ai demandé de se retirer. Je n'ai pas eu de réponse."
Mais votre programme et celui de l'équipe en place semblent assez proches...
"Les idées sont proches mais la méthode et les hommes sont différents. Par exemple, sur l'affaire des rendements qui a été à l'origine de notre mouvement, il n'existait pas de vue claire à long terme  de la part de l'Union viticole. On s'est retrouvé dans une situation où les crus produisaient plus que les génériques et les villages. La logique voudrait l'inverse. L'UVB doit au moins fixer une ligne générale pour les rendements et non pas essayer de tenir des prix alors que c'est impossible. Autre divergence, nous voulons un homme, un mandat. Mais attention, on ne fait pas dans l'utopie : si nous sommes élus, nous n'allons pas tout changer et rétablir la situation d'un coup. Il faut un travail de fond sur trois ans, au moins."
Les élections aux beaujolais villages vont avoir lieu le 1er décembre. Dix places sont en jeu et peuvent faire basculer la majorité au sein de l'UVB, si l'on s'en tient au vote du 31 août dernier...
"Oui, le rapport était de 34 pour la majorité contre 25, et deux blancs. Des réunions ont lieu en ce moment dans les différents cantons concernés par les villages. Ils ont eux aussi intérêt à ce que l'on soit d'accord."
Vous pensez obtenir ces postes et, sinon, vous présenterez-vous à la présidence de l'UVB quand même ?
"On est vraiment sûrs de rien. Mais vu ce qui s'était passé lors de la réunion du 31 août, on se fera un devoir de se présenter."
Propos recueillis par JV et DB
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