Rendements : pas d'accord entre les trois familles

Bruno Matray souhaitait que toutes les appellations optent pour un rendement à 50 hl/ha avec une réserve de 4 hl pour la récolte 2006. Mais c'est plutôt en ordre dispersé que le Beaujolais va se présenter devant l'INAO. Alors que les rendements primeurs posent problème au sein du Groupement.
C'était un souhait, celui de la stabilité. Après la déflagration causée l'an dernier par les rendements des beaujolais-villages, un accord global sur ceux de 2006 devait garantir la sérénité. Et l'Union viticole, par la voix de son président Bruno Matray, avait souhaité que les familles optent pour 50 hl/ha et une réserve qualitative de 4 hl/ha qui pourra être débloquée pour ceux qui ont un marché. Le tout devait être entériné mardi soir lors d'un conseil d'administration de l'Union viticole.
Mais, dès la veille, on savait que l'unanimité ne serait pas de mise : au terme de deux réunions houleuses, les villages ont décidé de refuser la réserve et d'opter pour 52 hl, au grand dam du président Daniel Bulliat (détails ci-dessous).
Aussi, mardi, lors d'un conseil d'administration extrêmement long, aucun accord n'a pu être trouvé au sein de l'UVB : les Beaujolais ont préféré remettre leur décision à la semaine prochaine, tout comme la Fédération des crus. Pierre-Yves Perrachon, qui assure l'intérim de présidence des crus, se veut rassurant : "Nous avons souhaité réfléchir devant le manque d'unité, mais nous sommes toujours sur une position privilégiant 50 hl + 4".
"Je suis bien évidemment déçu, affirme pour sa part Bruno Matray. On savait qu'il ne fallait plus être ambitieux sur des rendements fixés pour trois ans, mais nous avions travaillé quatre mois pour obtenir quelque chose de cohérent pour 2006. Maintenant, je fais confiance aux familles pour qu'elles décident en pensant au Beaujolais dans son ensemble."
Querelle sur les primeurs
Mais une famille est au prise avec des problèmes internes : celle des beaujolais et toujours pour un problème de rendements autorisés, ceux des beaujolais nouveaux. Et, hier, une trentaine de viticulteurs sont venus protester dans la cour du "210" alors que se tenait une réunion du conseil d'administration du Groupement des beaujolais. Parmi les manifestants, Damien Dupeuble, président du comité de défense des nouvelles pratiques viti-vinicoles. "Nous ne voulons pas de 37 hl/ha pour les primeurs !, lance-t-il. Il y a un mois, le conseil a opté pour 40 hl et aujourd'hui on change d'avis. C'est encore une façon d'empêcher ceux qui s'en sortent de vendre. Des ventes ne vont pas être réalisées. Nous exigeons la démission des membres du conseil d'administration, sinon ils devront affronter un nouveau 23 août", a-t-il affirmé en référence au rassemblement d'un millier de personnes au même endroit voilà un an. Mais, hier, les manifestants n'étaient que trente et aucune démission n'a été enregistrée.
Après une intervention dans la bibliothèque du "210", où la réunion du Groupement avait lieu, les manifestants ont quitté les lieux. La décision du Groupement a finalement été reportée à mercredi prochain, lors d'un nouveau CA.
Denis Chilliet a cependant tenu à exposer la position des beaujolais qu'il préside.  "Nous avons décidé voilà un mois de récolter 50 hl plus 3 hl de réserve et de vinifier au maximum 40 hl de primeurs. Depuis, la Répression des fraudes nous a fait savoir que l'on devait fixer le rendement des primeurs en pourcentage et la limite est de 30 %, soit 37 hl. Aujourd'hui (hier, ndlr), nous souhaitions exposer notre position qui est de créer une réserve primeur de 3 hl, qui serait débloquée à une date qui reste à fixer et à condition que l'on ait vendu les 37 hl. C'est une façon de soutenir les cours qui s'effondrent souvent lors de la campagne primeur : quand on voit les prix actuels on peut s'inquiéter pour l'avenir."
Et cette position serait encouragée par le négoce, en échange d'un engagement à soutenir les prix du primeur...
Mercredi prochain, le CA du Groupement des beaujolais se réunit à nouveau et se dit "ouvert quant au pourcentage" sur les primeurs. Autrement dit, il est susceptible de remonter...
Mais tout cela, bien sûr, est tributaire de l'INAO qui pourrait décider de remettre de l'ordre dans les rendements d'appellations lors de ses réunions régionales et nationales prévues fin août.
D.B.
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