Pas d'OGM en vue pour la viticulture

Des expériences sont menées en laboratoire sur des porte-greffe résistant aux maladies et de nouvelles souches de levure. Mais pas de panique, pour le moment la réglementation AOC interdit tout recours aux OGM, et même si le barrage était levé, il faudrait du temps pour que les OGM débarquent dans nos vignes. Le point de vue d'un ingénieur Jean-Henri Soumireu.
Les parlementaires ont voté récemment en faveur du projet de loi sur les OGM. Elle compte parmi ses dispositions les règles en matière de coexistence des cultures, la création d'un haut conseil des biotechnologies et l'institution d'un délit de fauchage. Ce vote a marqué la fin du débat parlementaire mais pas du débat de société. Dans le secteur viticole, seul un essai est en cours concernant la maladie du court-noué. Les organismes professionnels en Beaujolais écartent pour le moment le recours aux OGM.
Questions à Jean-Henri Soumireu, ingénieur à la Chambre d'agriculture du Rhône, il travaille au Comité du développement du beaujolais.
Le Patriote : Des études ont-elles été entreprises sur les OGM et la vigne ?
Jean-Henri Soumireu : Lancé par l'INRA (Institut national de la recherche agronomique) depuis plusieurs années, le programme de recherche sur les porte-greffe de vigne résistants au court-noué (une des maladies de la vigne ne bénéficiant pas de traitement phytosanitaire efficace), présente des postes possibles de création de vignes résistantes. Ce programme d'expérimentation "en champ" a été suspendu en 2001 et a démarré alors un travail de consultation. Une instance pluraliste et indépendante a été créée avec la responsabilité d'évaluer et de décider de continuer ou de suspendre l'expérimentation en cours. Dans ce comité local de suivi situé à Colmar siègent des politiques, des représentants du vignoble alsacien, des associations de défense de la nature et des consommateurs. Plusieurs garanties ont été données. D'abord, cet essai vise uniquement à faire avancer les connaissances sur le court-noué et le système de protection de la plante. Aucune commercialisation du porte-greffe étudié n'est envisagée. La durée prévue pour l'expérience est de quatre ans. A son terme, tout le matériel génétique sera détruit. Autre précision : seul le porte-greffe est OGM pas la vigne en entier. (Depuis le début du XXIe siècle, les cépages (gamay, pinot, chardonnay...) ne sont pas directement mis en terre, mais greffés sur un support racinaire (porte-greffe) choisi en fonction de la composition du sol. Ce sont les seuls essais OGM vigne en plein champ menés en France.
Pourquoi les OGM ne semblent pas préoccuper pour l'instant la profession viti-vinicole ?
L'INAO (l'Institut national des appellations d'origine contrôlée) refuse l'expérimentation dans les aires AOC. Mais il souhaite que des expérimentations puissent être menées. Il écarte pour le moment l'idée d'avoir recours aux OGM en viticulture d'AOC et l'ensemble des AOC. Les instances professionnelles viticoles du  Beaujolais partagent cette position. Mais l'INAO ne condamne pas définitivement l'utilisation des OGM, d'autant que les viticulteurs sont pris en tenaille entre les maladies (ravageant les cultures) et des traitements de moins en moins acceptés par les consommateurs. Selon l'INAO, les OGM pourraient être une voie qui permettrait de réduire l'utilisation de produits phytosanitaires à terme.
Les essais et cultures en plein champ font frémir bon nombre de nos concitoyens, une fois dans la nature, les plantes OGM ne peuvent que disséminer leurs gènes parmi les plantes environnantes et ce le plus naturellement du monde, la question de la dissémination du pollen dans l'environnement reste donc posée, les vignes peuvent-elles être touchées ?
 Dans les essais sur vigne de l'INRA, seul le porte-greffe est OGM. Entre le porte-greffe et le greffon (gamay ou pinot noir par exemple) il n'y a pas de flux de patrimoine génétique. Pour éviter toute contamination par le sol (où on trouve les racines du porte-greffe, une fosse de 1 000 mètres cubes a été creusée autour des vignes qui ont été plantées. Cette fosse a été tapissée d'une bâche dont la matière est perméable à l'eau mais empêche les nématodes  (insectes qui piquent les racines de la vigne) de migrer. La terre dans laquelle ont été plantés les pieds OGM est ainsi isolée de l'environnement. Dans le cadre de cet essai, il n'y a donc aucun risque de contamination. Mais comme toute plante, des risques de contamination existeraient en cas de culture d'un plant de vigne OGM dont le greffon et le porte-greffe seraient OGM. Pour l'instant ce n'est pas le cas en France.
Propos recueillis par Laurence Chopart
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