Le Beaujolais entre

La dernière version du projet de réforme des appellations a été présenté lors de l'assemblée générale de l'Union viticole, tenue jeudi dernier à Lacenas.
C'est Jean-Luc Bourbon, le responsable des jeunes agriculteurs, qui a lancé la phrase lors de son discours. "Voulons-nous faire du Chanel n°5 ou de l'Eau de Cologne?"  Voulue comme une boutade, cette interrogation résume pourtant assez bien la réflexion dans laquelle s'est lancée le beaujolais. "Un marché français sur lequel on ne peut pas gagner de parts", "des marchés étrangers qui ne connaissent pas nos appellations", "l'obligation de se réformer pour sortir de la crise"... Tout aboutit donc à cette refonte des appellations voulue par Bruno Matray (par le négoce et l'Etat, aussi) et qui a été présentée publiquement pour la quatrième fois lors de cette AG, après celles des crus, du Groupement et des villages. Et qui souhaite résoudre l'équation d'un beaujolais à la fois de qualité ET populaire.
Un projet dont on notera l'évolution au fil des interventions et qui se décline aujourd'hui via des grands crus du beaujolais, des beaujolais 1er crus (autrement dit des "brouilly 1er crus", "chenas 1er cru", etc...), auxquels on ajoute les "crus du beaujolais", plus les beaujolais villages et les beaujolais gamay AOC. Sans compter, évidemment les primeurs.
Si personne n'a contesté la création des grands crus, ce sont bien ces "crus du beaujolais", dernière version de la réflexion, qui inquiètent. Rendant possible l'assemblage entre les crus actuels, ils inquiètent les beaujolais villages. "Cette case, on n'en veut pas", commentait le président des villages, Daniel Bulliat, "ils vont prendre la place des villages de garde, d'autant plus que l'on parle de permettre aux génériques de vinifier une partie de leurs vins de garde en villages, ce que l'on ne conteste pas, d'ailleurs."
Certes, la suppression des replis verticaux (des crus en villages ou en génériques, et des villages en génériques), permet de faire passer la pilule. Mais pas complètement. D'autant que la perspective de produire du beaujolais gamay AOC avec des conditions de productions plus souples, pour "aller vers des vins de cépages", provoque le grand écart avec la volonté de lancer 5000 hl de "grands crus". Sans parler du vin de pays, évoqué lors de l'Ag du Groupement, mais absent des débats jeudi dernier. "Trop d'oppositions", entendait-on.
Quant à la simplification de la gamme, elle est apparue moins évidente avec le doublon "1er cru" - "cru du beaujolais". Certaines voix l'ont signalé dans la salle, comme celle de Michel Bosse-Platière : "Au départ on parlait de quatre niveaux d'appellations, aujourd'hui, on en est à quatorze, le négoce n'est pas prêt à l'accepter."
Bref, la volonté de mobilisation générale, souhaitée par la plupart des intervenants (Thierry Saint-Cyr, Daniel Bulliat...), passe encore pas la prolongation de cette réflexion. Bruno Matray a d'ailleurs précisé que tout était encore à l'état de projet et que les rencontres avec l'INAO allaient être des étapes importantes, et que les réflexions de la base seraient prises en compte. Chacun devra se reconnaître dans ce futur beaujolais, qui se veut capiteux comme un parfum de luxe et léger comme une eau de toilette.
David Besson
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