Elisabeth Lamure :

Le Patriote : Quel est votre sentiment par rapport à la crise du Beaujolais ? Je suis triste pour la situation du Beaujolais. Nous sommes face à des gens motivés par leur métier, qui réussissent un très beau produit, notamment le millésime 2005, et qui n'ont pas les résultats économiques et commerciaux attendus, sans compter ceux qui sont en mévente totale. Pour certains, c'est la catastrophe, tandis que d'autres se maintiennent. Le Beaujolais ressent plus fortement une crise qui est générale en France, car c'est un vin qui se boit jeune et n'est pas vinifié pour être stocké. D'autres vignobles peuvent jouer sur les stocks en espérant que les ventes se fassent plus tard. Vous dites que le Beaujolais n'a pas les résultats commerciaux attendus, avez-vous des propositions ? Avoir un bon produit et si peu de reconnaissance économique... on voit les lacunes et les limites de l'organisation commerciale. Dans l'histoire récente des cinquante dernières années, le négoce est l'acheteur, mais pas le client final, d'où les difficiles relations, viticulture-négoce (attention, le négoce a aussi aidé les viticulteurs). Il faut que les viticulteurs arrivent à trouver leur autonomie par rapport au négoce, en développant la vente directe. Ce ne sont pas des réponses immédiates... J'essaie d'être pragmatique. Le beaujolais blanc se vend et il en manque. Les vins de méthode champenoise se vendent et il en manque. Les vins pétillants sont intéressants, le rosé est peu connu. Pourquoi ne pas restructurer le vignoble en plantant du chardonnay et peut-être développer un crémant beaujolais ? J'observe ce qui se passe dans d'autres vignobles et je me positionne en consommatrice. Vous êtes sénatrice, que peuvent faire les instances nationales pour les viticulteurs en difficulté ? Les solutions appartiennent aux viticulteurs. Les politiques sont là pour accompagner. L'arrachage est imparable. Il faudrait s'attaquer à une restructuration du vignoble, équilibrer l'offre et la demande pour rétablir le marché. Il est inutile de produire pour envoyer les vins à la distillerie. Cela coûte cher. De quelles façons les politiques peuvent-ils accompagner l'arrachage ? Je parle de ce que je connais. Dans le Bordelais, les viticulteurs doivent atteindre une prime de 15 000 euros à l'hectare : ils perçoivent une prime de 6 300 euros à l'hectare des fonds européens, une mesure qui existe déjà pour nous, il suffit de monter les dossiers avant le 31 décembre. Cette prime est complétée par une aide de l'Interprofession, du Département de Gironde et dans une moindre mesure de la Région Aquitaine. Ce qui se traduit en Beaujolais ? Le Beaujolais visait les 10 000 euros. Les interprofessions bordelaise et beaujolaise ne sont pas comparables, leurs moyens ne sont pas les mêmes. MM