Doubles actifs : une nouvelle race de vignerons

En temps de crise, il faut savoir se diversifier. Les viticulteurs l'ont compris. Pour sauver leur exploitation, certains ont recours à une activité complémentaire ou bien ils se tournent vers la polyculture. Quelques exemples de situations extrêmement variées.
Blandine et Vincent Rivier avaient concrétisé l'un de leurs rêves en s'installant sur leur propre exploitation à Sainte Paule : être viticulteurs à part entière, suivre leur produit de la taille jusqu'à la vente en bouteilles.
Certes, l'histoire familiale les a poussés en ce sens : ils sont tous deux enfants d'une famille de viticulteurs, mais leur goût personnel les a incité, lui, à passer un BTA au lycée agricole de Bel Air, elle, un diplôme d'œnologue à Toulouse. Actuellement ce jeune couple exploite environ 11 hectares de vignes sur les communes de Sainte Paule et de Theizé.
Mais voilà, la crise viticole a modifié les projets des époux Rivier. Actuellement Vincent travaille deux demi-journées par semaine pour la commune de Sainte Paule : il remplace l'employé communal en congé maladie. Blandine a entrepris une qualification d'aide maternelle pour garder des enfants à la maison. Et, si le vin ne se vend pas mieux, ils envisagent sérieusement de quitter la viticulture. Un beau rêve en train de partir en fumée comme pour tant d'autres familles en Beaujolais, obligées de reconsidérer leur activité.
Les situations sont multiples, chaque famille optant pour sa propre solution. Souvent, la femme reprend une activité complémentaire, parfois c'est l'exploitant lui-même qui se tourne vers une solution extérieure en ayant pris soin de réduire la taille de l'exploitation en abandonnant, qui un fermage, qui un métayage, voire en arrachant. Et l'on voit les vignes difficilement mécanisables, les coteaux les plus mal exposés, disparaître ou être laissés en friche.
D'autres optent pour la retraite anticipée, laissant à une femme ou un fils le soin de prendre la suite. Mais peu à peu, le recours à une activité complémentaire se répand, comme le montrent les quelques exemples ici rassemblés.
Retour à la polyculture
D'autres jouent la carte de la polyculture, situation que l'on croyait presque disparue en Beaujolais et qui ramène pourtant à ce qui fut pendant longtemps la norme dans le vignoble et que les plus de soixante ans ont connu. En effet la fin de la 2e guerre mondiale l'évolution des techniques - il faut produire davantage et moins cher - ébranle la viticulture. Le Beaujolais n'échappe pas à la règle et évolue de la polyculture à la monoculture viticole. Si le métayage subsiste, ses formes changent. Dans sa "Saga des vignes", le romancier-historien Michel Verrier explique que "chaque exploitation comptait de deux à trois vaches qui appartenaient au vigneron, ses vaches fournissaient le fumier nécessaire à la culture de la vigne, le laitage pour l'alimentation de la famille, on les utilisaient aussi pour tracter la vendange".  Ces vaches demeurent avec quelques chèvres dans les exploitations du sud beaujolais jusqu'à la fin des années 70. C'est souvent grâce à la vente des fromages que l'on a pu dégager l'argent nécessaire à l'achat des greffes.
L'apparition des quotas laitiers et la disparition des tournées de ramassage de lait vont encore contribuer à modifier la donne. Peu à peu on vend les laitières, on les remplace par des charolaises et des moutons, et l'on plante de la vigne, dans des prés ou des terres, profitant des succès du beaujolais nouveau à l'époque. Les exploitants se spécialisent et peu conservent une double activité.
Aujourd'hui, comme on peut le voir ci-dessous, s'il est à nouveau question de recours à l'élevage voire aux céréales, ce n'est plus dans un but d'autosubsistance, mais bien pour assurer un chiffre d'affaires à l'exploitation et au foyer, qui manquent cruellement de revenus et de marge.
La polyactivité, à la terre ou la ville, va-t-elle demeurer ou bien n'est-elle qu'une phase dans la restructuration que connaît le vignoble ?
M.D. et D.B.
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