Crise des instances : coup de théâtre à Inter Beaujolais

Promis à la présidence d’Inter, Ghislain de Longevialle devra patienter six mois de plus : ainsi en a décidé Bruno Matray. Une réunion de bureau de l’UVB houleuse est à l’origine de ce revirement.
Un nouveau coup de tonnerre. L’assemblée générale d’Inter Beaujolais, entamée sur le registre classique du bilan financier (équilibré) et de l’état des lieux des actions promotionnelles, s’est achevée sur une nouvelle passe d’armes entre Bruno Matray et Ghislain de Longevialle. L’accession de ce dernier à la présidence de la structure de promotion du Beaujolais, annoncée comme un fait acquis il y a une semaine, a en effet été retardée de six mois. Dans l’intervalle, Michel Bosse-Platière a accepté de poursuivre sa mission à la tête de la structure.
Inscrits à l’ordre du jour de la réunion, les débats autour du renouvellement de la présidence ont tourné court lorsque Bruno Matray a proposé “le maintien de M. Bosse-Platière à la présidence pendant six mois, et celui de Ghislain de Longevialle à la vice-présidence”. Stupeur (feinte ou sincère?) dans la salle, rapidement suivie de  vives prises de positions pour ou contre cette décision surprise. “Je ne m’explique pas comment la décision du président de l’UVB peut être à l’inverse de celle prise par le conseil d’administration du 24 janvier”, a ainsi répliqué M. de Longevialle, demandant “instamment le respect de la légalité”.
Le sous-préfet Bernard Guérin, s’est quant à lui positionné en faveur de cette solution transitoire, soulignant néanmoins la nécessité de retrouver rapidement un dialogue constructif. “S’il y a division, je vais perdre ma crédibilité vis-à-vis de l’Etat et de l’Union Européenne. J’ai besoin dans les six mois d’un plan stratégique de gestion de crise et d’un plan d’intelligence économique”, a-t-il précisé.
Une solution transitoire
Pour quelles raisons Bruno Matray a-t-il pris le risque de briser le “consensus” adopté le 24 janvier à 70 % par le conseil d’administration et qui prévoyait expressément la nomination de M. de Longevialle à la présidence de l’Inter ?
Cette proposition aurait en fait été discutée jeudi dernier à l’issue d’une première réunion du nouveau bureau particulièrement houleuse. “C’était un combat de boxe entre deux équipes aux pensées très différentes”, illustre l’un des participants. Les discordes entre Matray et de Longevialle se sont apparemment cristallisées sur le futur programme de présidence à l’Inter. Bruno Matray aurait demandé à Ghislain de Longevialle d'établir un programme de gouvernance de l'Inter. L'intéressé aurait refusé. Président et vice-présidents se seraient alors longuement entretenus afin de trouver une solution transitoire, destinée à ne pas bloquer tout échange entre Inter et UVB. Repousser l’élection de six mois serait apparu comme un moyen de laisser retomber les tensions nées de la période élective. Ainsi en a-t-il été décidé.
Instances inadaptées
Ce nouveau coup de théâtre met un peu plus en lumière la crise institutionnelle qui frappe actuellement la viticulture beaujolaise. Car Bruno Matray doit résoudre la quadrature du cercle : gouverner sans majorité. “C’est tout le problème d’une élection partielle”, relève un observateur, ajoutant “seul le dialogue peut favoriser un retour à la normale”. Dans les statuts, le conseil d’administration est souverain, décidant à la majorité. Mais dans les faits, c’est bien le président qui est chargé de piloter les différents plans et projets, ou de négocier avec les acteurs politiques et institutionnels.
Le fragile consensus issu des urnes serait-il mort né ? Ce compromis aura sans doute bien du mal à faire face à la réalité quotidienne, celle de la gestion d’une crise sans précédent, et de l’élaboration d’un projet d’envergure pour l’avenir du vignoble. Des défis qui ne pourront être relevés que par une équipe unie. S’il veut mener à bien son projet, Bruno Matray devra conserver tous ses soutiens actuels, mais aussi fédérer davantage. Les derniers développements ne plaident pas en cette hypothèse.
L’usure du temps faisant son œuvre, Matray court le risque de se retrouver isolé à la tête de l’UVB. Le casse-tête ne fait que commencer.
Julien Verchère
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