Beaujolais nouveau : une bonne année, et pourtant...

Les acheteurs de beaujolais nouveau vantent les mérites du millésime. Pourtant les cours et les volumes ne sont plus ce qu'ils étaient. Tentatives d'explication.
Une belle année", "un vrai primeur", "les arômes de fruits rouges que les gens cherchent" : les avis sur le beaujolais nouveau se rejoignent pour vanter ses mérites. Pourtant, la situation dans les caves n'est pas à la hauteur. Sur le plan des volumes, un chiffre, parmi d'autres, est révélateur : 560 000 hl enregistrés en 1998, un peu moins de 400 000 en 2006 : pas besoin d'être devin pour comprendre qu'en moins de dix ans le beaujolais nouveau a beaucoup perdu commercialement. Et, alors que le 2006 inonde le monde depuis mercredi minuit, on peut s'étonner d'un paradoxe - un de plus - : les acheteurs font à nouveau confiance au beaujolais nouveau, notamment chez les distributeurs des cafés-hôtels-restaurants. Ainsi, chez Elidis, le responsable des achats, Claude Charié, dit "être réconcilié avec le "nouveau" depuis trois ans. La qualité est au rendez-vous. C'est donc pour ça que j'ai décidé de le mettre en avant. Nous allons vendre 200 000 cols de notre marque, en augmentation de 30 %, auxquels il faut ajouter les BIB et les marques que nous distribuons..."
Chez son concurrent, France Boissons, Audrey Bouroleau fait le même constat et affiche la même volonté de mettre le primeur en avant. "Nous lançons cette année une déclinaison de beaujolais nouveau sous trois looks différents, un pour les cafés-bars, l'autre pour les brasseries-restaurants, et le troisième est à destination des bars et discothèques."
Cette dernière cuvée, nommée "By night", en surprendra plus d'un. "Nous avons soigné l'esthétique, la bouteille est en verre blanc et dotée d'une capsule à vis. Nos œnologues ont privilégié des cuvées très fruitées et nous proposons à nos clients des packs comprenant des bonbons histoire d'aller au bout du raisonnement."
Une campagne trop courte
Les deux leaders nationaux de la distribution auprès des professionnels croient donc encore dans le beaujolais nouveau. Une bonne nouvelle qui n'occulte pas les problèmes que connaît toute la chaîne, et qui aboutissent aux niveaux de prix inférieurs aux coûts de production tels qu'enregistrés cette année. A commencer par l'image du nouveau, longtemps écornée. "Il faut faire redécouvrir ce produit, c'est indéniable", explique Claude Charié. Quant à Audrey Bouroleau, elle constate qu'à Paris, qui fut, pendant des années, ouverte aux charmes du vin de novembre , "on se heurte parfois à des refus d'organiser des soirées beaujolaises".
Sur les remèdes à employer, là encore, unanimité : "Il faudrait que le beaujolais nouveau puisse être consommé au-delà d'une soirée ou d'un week-end. Les cafetiers ont peur de se retrouver avec des stocks invendables." "Ce vin pourrait être un vrai primeur dont la vente s'étale sur quinze jours", entend-on.
"C'est presque impossible" répond en écho le directeur d'Inter, Michel Desflache, "tendre vers cet aspect brouillerait complètement notre message."
Reste donc l'option d'essayer de maintenir les prix à un niveau décent pour les producteurs, au-delà des 160 euros l'hectolitre, et non pas 140 comme enregistré cette année. "Il faudrait que le beaujolais propose des structures de vente regroupées, juge M. Charié, il faut fédérer sous un même fanion. On voit effectivement des prix d'achat scandaleux. Personnellement, j'ai payé mon primeur 2 à 3 % plus cher qu'en 2005. Mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Et ces opérateurs déséquilibrent le marché en vendant des vins pas forcément à la hauteur. L'analyse est valable pour toutes les régions viticoles."
Et Claude Charié de conclure sur un message optimiste. "Le Beaujolais, c'est aussi des crus, après un bon primeur, je compte dès février mettre l'accent sur les crus dans mon réseau."
Et, en attendant, c'est au consommateur de transformer l'essai et de se réconcilier aussi avec ce nouveau.
D.B.
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