Beaujolais nouveau : les cours sont déjà déprimés

Si la moitié des volumes de primeur sont déjà vendus, les beaujolais génériques se négocient à 147 euros/hl en moyenne, loin des espoirs de la profession. Alerté par ces cours, Denis Chilliet a demandé un déblocage immédiat de la réserve de 3 hl par l'Inter, solution que le négoce a refusée.
C'est la déconfiture sur les prix et les producteurs sont vraiment déprimés." L'aveu du président du Groupement, Denis Chilliet, en dit long sur la fracture actuelle entre négociants et producteurs, pour qui cette campagne des primeurs 2006 est parfois une ultime chance de vendre leur vin à un prix correct. Or, les marchés se signent à un prix moyen de 147 euros l'hectolitre en génériques et 160 euros en villages. "On est loin des 145 plus 15 % que nous réclamions cet été. Pour les vignerons, c'est intenable", affirme le "patron" des beaujolais. En moyenne, un hectolitre coûte environ 180 euros à produire...
"Je ne peux pas laisser les viticulteurs vendre 37 hectolitres à 140 euros, alors que le millésime est bon, poursuit-il. Le Groupement s'est réuni en fin de semaine dernière pour faire le point et nous avons décidé de demander que la réserve de 3 hl soit libérée immédiatement. C'est donc ce que j'ai proposé lundi soir, lors de la réunion du conseil de l'Inter."
Rappelons que cette réserve de 3 hl, venant en plus des 37 hl mis initialement sur le marché, a été négociée pendant l'été par la production et le négoce. Elle était sensée garantir un niveau acceptable de rémunération pour le vigneron en réduisant les volumes mis sur le marché. Elle ne devait être libérée que le 31 octobre.
Et elle le sera sans doute à cette date. "Le négoce a refusé de la libérer immédiatement, en arguant que ça pèserait sur le marché", résume le viticulteur de Denicé. Et c'est lors de la prochaine réunion de l'Inter, le 30 octobre, que la décision sera prise.
Premiers marchés à 115 euros
Ce qui pose le problème des fameux accords interprofessionnels passés cet été. Pour Denis Chilliet, ils incluaient tacitement la tenue de cours corrects par les négociants. "Ils s'en sont défendus lors du conseil", peste le président du Groupement. Mais, dans un marché libéral, il est bien entendu illégal de fixer un prix de marché par écrit.
Les représentants du négoce n'ont pas pu être joints sur ce point. On sait seulement que la politique de prix des acheteurs du hard-discount a largement contribué à tirer les prix vers le bas.
Dans ce contexte, de quoi seront faites les prochaines semaines de cette traditionnellement courte campagne de primeurs ? Beaucoup craignent l'habituelle baisse des cours des derniers jours. "On sait bien que certains opérateurs n'attendent que ça pour acheter à bas prix à ceux qui n'ont rien vendu", confirme le patron du Groupement des beaujolais.
Mercredi, Denis Chilliet affirmait avoir vu des marchés passés à 115 euros, à Denicé et dans le sud Beaujolais, ce qui confirmerait ses craintes pour la suite.
"Et quand la réserve de 3 hl sera libérée, il sera trop tard pour ceux qui avaient des marchés plus tôt. Les négociants ne vont pas envoyer de camions pour récupérer quelques hectolitres. Ça laissera le champ libre aux caves coopératives pour les volumes. Les autres devront impérativement se rabattre sur la vente en bouteilles et à condition d'avoir les clients."
D.B.
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