Baisse des rendements : Le coup de gueule des viticulteurs


Le coup de gueule des viticulteurs Si la plupart des crus se sont prononcés pour une baisse modérée des rendements, les Beaujolais-Villages ont annoncé une réduction de près de 10% de leur volume de production. Un groupe de viticulteurs de l'appellation monte au créneau contre la décision de ses dirigeants. Thierry Canard est l'un des fers de lance de ce mouvement de grogne. Il exprime les raisons de ce ras-le-bol.
Le Patriote : "Comment est née l'idée de former un groupe de protestation?" Thierry Canard : "C'est un mouvement qui s'organise spontanément, après l'annonce de la baisse des rendements de 10%, en passant de 57 hectolitres à l'hectare à 52 hl/ha. On a appris l'information par le Patriote. On paie des cotisations, et il est aberrant que l'on soit tenu à l'écart de décisions aussi importantes. Il aurait fallu consulter les 39 syndicats qui composent l'appellation au lieu des seuls membres du bureau, soit une douzaine de personnes au total. Nous sommes en colère." "Selon vous, la baisse des rendements n'est pas une solution à la crise que traverse actuellement le vignoble?"
"Bien au contraire. Cela ne va pas permettre d'améliorer la situation des exploitations déjà en équilibre précaire, tout en mettant de nouveaux viticulteurs dans le rouge. L'exemple de 2003 est là pour le rappeler. Le rendement avait tourné autour de 38 hectolitres par hectare pour les Beaujolais-Villages. Cela avait provoqué une hausse des prix, mais surtout déstabilisé un marché qui ne s'en est toujours pas remis. Quand les prix montent, le négoce n'est plus placé pour acheter nos vins, qui deviennent trop chers. C'est un gâchis d'autant qu'il y a tous les éléments pour faire du très bon vin cette année : les raisins sont aérés, grelottent dans la main. La peau est épaisse, ce qui favorisera une bonne extraction du fruit."
 "Si la baisse des rendements mène à une impasse, il faut bien mettre en oeuvre des actions pour sortir de la crise actuelle. Quelles solutions imaginez-vous?" "Nous plaidons pour l'arrachage définitif, plutôt que de mettre des millions dans la distillation. Il est préférable de supprimer les hectolitres en diminuant le nombre d'hectares plutôt que baisser le volume à l'hectare. Cela afin de limiter les coûts de production. D'autre part, il faudrait peut-être empêcher le déclassement des crus en Beaujolais-Villages, qui amène des volumes supplémentaires."
 "Sur la question des rendements, est-il possible de rassembler au-delà des Beaujolais-Villages, et plus particulièrement de la vente directe?"
"Il y a actuellement un grand ras-le-bol de la profession face à des syndicats qui, plutôt que nous défendre, nous tirent une balle dans le pied. La majorité des viticulteurs en Beaujolais-Villages étaient pour la maintien à 57 hl/ha. Mais ce débat peut également toucher les crus. Et si les professionnels qui font de la vente directe sont en première ligne dans ce combat, nous avons également avec nous de jeunes vignerons qui ne font pas de bouteilles."
"Selon vous, il n'est pas possible d'envisager la prochaine récolte dans un tel cadre?"
"Nous sommes catégoriques : on ne veut absolument pas entendre parler des chiffres annoncés. Si nous ne sommes pas entendus, on mettra rapidement en oeuvre les grands moyens. On peut taper très fort."
"Quelle forme pourrait prendre cette contestation?"
"Cela pourrait par exemple déboucher sur un grand rassemblement. Les dirigeants des syndicats s'appuient sur le fait qu'ils sont élus pour justifier ce manque de concertation. Mais ils ne décideront pas de notre avenir. On ne va pas mourir en silence." Propos recueillis par Julien Verchère

"On ne lâchera pas prise"
Daniel Bulliat, exploitant à Beaujeu et "délégué Villages", est exaspéré : "Ils sont devenus fous. Baisser le chiffre d'affaires de 10%, cela revient à amputer 70% des revenus. Car il ne faut pas croire que les prix vont remonter. Nous savons bien que certains viticulteurs sont dans une passe difficile, mais ce n'est pas une raison pour taper sur ceux qui ont investi, fait des efforts pour être compétitifs. Ce sont des mesures anti-dynamiques. Cela ressemble à un suicide collectif", tonne M. Bulliat, qui s'insurge contre la méthode employée pour prendre une décision aussi grave. "C'est inadmissible. Je regrette que le président Deshayes n'ait pas convoqué une assemblée générale, qu'il n'ait pas pris en compte l'avis des délégués communaux. Ce n'est pas très démocratique", poursuit-il, réclamant une réouverture du dialogue : "On veut discuter, afin d'aller vers un consensus. Nous avons des solutions à proposer".
Dans l'intervalle, Daniel Bulliat annonce que le groupe qui s'est formé maintiendra la pression. "On ne peut pas rester les bras croisés. Les exploitations sont en danger. Je pense que nous aurons vite fait de réunir 300 exploitants autour de nos idées. On ne lâchera pas prise. C'est notre métier, notre vie qui sont en jeu".
La fin de l'été promet d'être chaud dans le vignoble beaujolais.
J.V.

Une baisse généralisée Alors que les Beaujolais (53 hl/ha) et les Beaujolais-Villages (52 hl/ha) se sont prononcés il y a quelques semaines pour une baisse marquée, la quasi totalité des crus proposera à l'INAO un recul plus léger. Si Moulin-à-Vent (de 58 à 50 hl /ha) a annoncé une baisse spectaculaire, arguant de la "necessité de poursuivre une politique qualitative", les autres crus devraient afficher un repli d'un à trois hectolitres par hectare, pour se situer majoritairement à 55 hl/ha : Brouilly, Chénas, Chiroubles, Juliénas, et Saint-Amour, de 56 à 55; Fleurie de 58 à 55. Régnié s'aligne pour l'heure sur les Beaujolais-Villages (de 53 à 52). Morgon passerait pour sa part de 58 à 56 hl/ha. La décision des Côte de Brouilly, actuellement à 57 hl/ha, n'est pas encore connue.
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