Agriculture raisonnée : la vigne se met au vert

Onze exploitations viticoles ouvrent leurs portes ce week-end afin de faire découvrir les vertus de l'agriculture raisonnée, respectueuse de l'environnement, des paysages et de la biodiversité. Coup de projecteur sur un mode de culture qui trouve de plus en plus d'adeptes.
Gabriel Savoye est un pionnier. Ce viticulteur de Régnié-Durette, président du Comité de Développement du Beaujolais pendant près de quinze ans, a toujours oeuvré pour que culture rime avec nature.
Comme dix autres exploitations du Beaujolais, il ouvrira les portes de son domaine samedi et dimanche, avec l'envie de faire partager son enthousiasme pour l'agriculture raisonnée. "Nous ne prétendons pas appartenir à une élite, mais juste être les porte-drapeaux d'un mode de culture qui se veut respectueux de l'environnement, des paysages et de la biodiversité. Mais l'objectif de ces journées est aussi de découvrir le Pays Beaujolais en naviguant d'une exploitation à l'autre", exprime M. Savoye.
Limitation du nombre de traitements de la vigne, réintroduction des haies et chemins enherbés, mais aussi d'espèces végétales oubliées, hygiène des caves..., l'agriculture raisonnée se décline sous toutes les formes.
Lorsqu'il évoque le sujet, Gabriel Savoye est intarissable : "J'ai installé des pièges à papillon dans le parcelles, que je relève chaque matin. Cela me permet de surveiller leur population, le seuil de tolérance, et d'éviter tout traitement inutile. J'étudie aussi avec attention la pluviométrie.", explique-t-il. "Sur un autre plan, je m'amuse à sauver des espèces végétales oubliées, telles que la pensée sauvage, ou encore la violette des chiens et le souci sauvage." Un état d'esprit résolument moderne : "Dans un futur proche, toutes les exploitations devront y venir. L'industrie s'est jeté sans arrières-pensées dans ce genre de thématiques, alors pourquoi pas l'agriculture ?", ajoute M. Savoye.
Effets spectaculaires
Selon lui, les freins à un développement accéléré seraient de nature culturels. "Beaucoup d'exploitations pourraient déjà être qualifiées. Mais le monde paysan n'aime ni la paperasse ni la communication...", relève M. Savoye. Le parcours vers la qualification n'est en effet pas exempt d'obligations parfois fastidieuses. "Il y a un dossier épais à compléter, assorti d'un contrôle au départ. Ensuite, nous avons un contrôle surprise chaque année. Il faut respecter un cahier des charges précis, par exemple éviter de faire brûler nos déchets. Mais ce ne sont pas de vrais contraintes", estime le viticulteur de Régnié-Durette.
"On a la chance de vivre sur notre lieu de travail, on part au travail au milieu des fleurs et des oiseaux. Il faut être conscient de ce bonheur", rappelle Gabriel Savoye.
Les efforts des viticulteurs en direction de l'environnement produisent déjà des effets spectaculaires. La grenouille a ainsi effectué un retour en force, donnant des concerts impromptus au coucher du soleil. L'oedicnème criard, un petit échassier oublié, a également été aperçu en Beaujolais très récemment. Quant à la verdure, elle a retrouvé une place de choix au coeur des vignes. Nature et viticulture sont sur la voie de la réconciliation.
Julien Verchère
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