Mâconnais. Gérard Voisin : "Politique est un mot noble dans ma bouche"

Député élu en 1993, maire de Charnay, élu au conseil municipal depuis 1977, ancien président de la CAMVAL, Gérard Voisin vient de boucler la première année de son quatrième mandat parlementaire. Circonscription, Europe, politique, il évoque son action et son engagement.
Entrons de suite dans le vif du sujet : la première circonscription vue par son député. Qu’est-ce qui la caractérise ? Quelles sont ses atouts et ses faiblesses ?
"Osons le dire, c’est d’abord une des plus belles de France, avec des paysages remarquables qui font la force de l’activité touristique. Elle bénéficie d’une sociologie équilibrée et d’une situation géographique très bonne, à mi-chemin entre Paris et Marseille. La Suisse n’est pas loin non plus. Son défaut est peut-être de ne pas être suffisamment tournée vers l’Ouest. Pour ce qui concerne son économie, elle reste fortement basée sur la viti-viniculture, secteurs qui a toute mon attention."
Vous êtes intervenu récemment à l’Assemblée nationale sur le projet de modernisation de l’économie présenté par la ministre Christine Lagarde. Vous avez réagi en particulier sur le relèvement du seuil de la surface à partir duquel un projet d’implantation commerciale doit être étudié par la commission départementale d’aménagement commerciale. Ce relèvement ne vous satisfait pas. Pour quelle raison ? Quelles peuvent être les conséquences sur le territoire mâconnais ?
"Depuis mon intervention, les choses ont évolué puisque l’Assemblée nationale a finalement voté le texte et accepté le relèvement de 300 m2 à 1 000 m2 du seuil à partir duquel les élus locaux seront consultés. Je serai évidemment vigilant par rapport aux projets d’implantation de hard discount loin des centres-villes. Je reste convaincu que ce qui a pour objectif d’augmenter le pouvoir d’achat n’est pas une bonne idée, que ce soit en termes visuels ou en termes de mobilité urbaine, car tout ne pourra pas se faire en centre-ville. Augmenter le nombre de hard discount de moins de 1 000 m2 sur notre territoire n’est pas une solution au problème de pouvoir d’achat. Cette position de l’élu que je suis est appuyée sur une solide connaissance du commerce de proximité dont j’ai moi-même fait l’expérience. Par ailleurs, j’ai toujours participé à la commission qui examine les projets et j’ai pu constater l’importance du rôle des élus locaux dans la régulation économique du territoire. Or, compte tenu du bassin de vie qui est le nôtre - environ 100 000 habitants (les cantons de la rive gauche compris), le seuil est déjà largement dépassé. Il sera donc de mon devoir d’être particulièrement vigilant pour éviter de graves déséquilibres."
Evoquons la présence, ces dernières semaines, des gens du voyage sur une zone de l’aéroport de Mâcon-Charnay, présence irrégulière, avez-vous dit. Quel est le problème et quelle marge de manœuvre avez-vous pour le résoudre ?
"Pour bien comprendre, il faut savoir que l’aérodrome est situé à 95 % sur le territoire charnaysien. Dans le cadre de la loi de 2004, cet aéroport a été transféré de l’Etat à une collectivité territoriale. La ville de Charnay a fait acte de candidature en premier mais la ville de Mâcon nous a ravi la propriété par l’intermédiaire du préfet de région. L’affaire est d’ailleurs en appel au tribunal administratif de Lyon. Il en va pour conséquence que le maire de Charnay que je suis n’a aucun pouvoir de police sur les 35 hectares concernés, propriété privée de la ville de Mâcon sur le territoire charnaysien. Hélas, les gens du voyage occupent un terrain qui ne répond pas à des conditions de vie décentes. Leur transfert vers une aire de grands voyageurs, qui existe mais n’est visiblement jamais ouverte, était nécessaire. Les gens du voyage se mettent là où ils trouvent de la place, avec les problèmes que cela engendre. La préfecture s’en est mêlée mais le problème peut se reposer demain. Cet incident montre à l’évidence que l’accueil des gens du voyage dans le Grand Mâconnais n’est toujours pas en phase avec la réalité et le respect que nous devons à cette communauté. Il est donc de notre responsabilité, élus locaux, de faire l’état de ce qui convient et de ce qui ne convient pas au niveau des aires de grands passages existantes, en particulier sur la commune de Mâcon."
Vous travaillez également, à l’échelle européenne, sur la mobilité urbaine et le "paquet routier". Quel est le sens de votre action ?
"Nous réfléchissons aux déplacements dans les grands centres urbains. L’objectif est de lutter contre les nuisances environnementales et d’éviter les encombrements. A ce titre-là, je déposerai un rapport sur le péage routier de l’extrême centre de Londres au mois de juillet. Le "paquet routier" nous amène à travailler sur la législation relative au transport routier (marchandises et voyageurs) avec un objectif de simplification et d’harmonisation. Mes entretiens m’ont conduit à Bruxelles, Madrid, Varsovie et Berlin. Les enjeux sont de taille pour ce secteur économique soumis à une forte concurrence mais les nouvelles mesures devront aussi permettre d’améliorer la sécurité."
Question politique : vouse étiez adhérent UDF, vous avez choisi l’UMP plutôt que le Nouveau centre ou le Modem. Qu’est-ce qui a déterminé votre choix ?
"A l’époque de la création de l’UMP, nous avons eu à choisir entre l’UDF et une fusion intelligente entre les anciennes RPR et UDF-DL, renforçant ainsi la droite républicaine. J’ai fait ce choix d’union et d’unité avec la majorité des anciens UDF. Terminés les affrontements entre UDF et RPR ! Voilà qui était fait pour me satisfaire. L’avenir m’a donné raison compte tenu de la victoire de Nicolas Sarkozy et des différentes majorités avec lesquelles nous avons travaillé et travaillons aujourd’hui."
Quel regard portez-vous sur la politique locale du haut de votre longue expérience ?
"Je dissocie vie publique et vie politique, sous-entendue vie politicienne. "Politique" est un mot noble dans ma bouche. Sur le plan strictement politicien, hélas, localement, les choses ne vont pas comme je voudrais. Ma différence de vue avec le maire de Mâcon est connue. Pour ce qui me concerne, j’aspire à une unité de l’UMP départementale qui ne soit pas de façade et à une activité militante soutenue. Je ferai ce que je peux pour les renforcer dans les années de mandats qui me restent, non pas en prenant l’UMP mais en exploitant au mieux les pouvoirs qui m’ont été donnés par les électeurs. Pour le reste, ma fidélité à ce parti est à toute épreuve."
Martin Hirsch, haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, sur invitation de Gérard Voisin, sera présent à Charnay-lès-Mâcon le 6 septembre pour l’inauguration de la restructuration de la Chevanière.
Propos recueillis par Rodoplhe Bretin
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