Mâcon : le projet d’incinérateur provoque la colère dans les rangs de gauche
Le traitement des déchets dans le Mâconnais prend une tournure politique. Révolté par toute idée d’usine d’incinération sur Charnay et ses alentours, Jean-Pierre Bonnin monte au créneau : "Ce qui me préoccupe est la santé publique, pas la politique politicienne. Or, sur ce plan, ce type d’installation représente un danger démontré par toutes les revues scientifiques nationales et internationales. Il s’agit d’une pollution. Même le Grenelle de l’environnement rejette ce procédé de traitement des déchets. Il y a quelques années, une étude mâconnaise prouvait la nocivité d’un incinérateur. Celui de Cluny a été fermé pour les mêmes raisons. Je ne comprends pas pourquoi M. Voisin remet ce projet à l’ordre du jour".
Pour le Vert, au cœur du problème se trouve la dioxine, une substance toxique produite par l’incinération avec des conséquences sur vingt kilomètres autour de l'usine. Les normes en matières de pollution industrielle ont largement amélioré la qualité du procédé mais sans faire disparaître le rejet de dioxine et de métaux lourds. C’est sur ce point que se fonde le désaccord. Pour les opposants, bien que réduite, la dioxine reste un polluant qu’il faut impérativement éviter pour empêcher une catastrophe sanitaire.
Pour l’élu, l’incinérateur répond aux normes en vigueur. Il ne parle d’ailleurs pas d’incinérateur mais d’unité de traitement thermique des déchets, autorisée par la loi issue du Grenelle de l’environnement et entérinée par le Parlement européen : "Il faut savoir que le plan départemental d’élimination des déchets a été attaqué au tribunal par les lobbies écologistes. Résultat, nous sommes contraints de fonctionner selon un plan du Conseil général qui date de 1996 et qui prévoit trois incinérateurs".
La Gauche pour le tri ou la méthanisation
Du côté du Conseil général, on préfère envisager des solutions comme la méthanisation, une digestion sans oxygène qui transforme la matière organique en compost, méthane et gaz carbonique par un écosystème microbien complexe. Elle permet d'éliminer la pollution organique tout en consommant peu d'énergie, en produisant peu de boues et en générant une énergie renouvelable : le biogaz. "Certes, répond Gérard Voisin, nous aussi sommes pour ces solutions. Cependant, nous avons travaillé pendant dix ans sur l’incinération dans le cadre du SMEVOM. Tout cela a coûté cher et l’on voudrait que cet argent dépensé soit gaspillé ! Ce n’est pas sérieux. D’autant plus que, j’insiste, les incinérateurs d’antan n’ont plus rien de commun avec les unités de traitement thermique d’aujourd’hui, qui ne produisent plus de fumées et qui n’ont pas de cheminées et sont contrôlées par la DRIRE. Ce type d’usine existe à Dijon, mairie de Gauche, et chez Noël Mamère, que tout le monde connaît. C’est donc un faux procès que celui de l’opposition locale. Par ailleurs, la méthanisation ne peut traiter que les déchets fermenticides."
Et les écologistes de renchérir : "Ce n’est pas la peine de nous expliquer que l’incinérateur de Gérard Voisin est mieux que les autres car il polluera quand même. Et c’est ce que nous ne voulons pas. Un incinérateur de 40 000 tonnes/an produit 2 000 tonnes de cendres et de réfioms (résidus d’épuration des fumées d’incinération des ordures ménagères). Ces résidus, très toxiques, doivent être stockés dans des centres d’enfouissement technique de classe 1. Il faut ajouter 12 000 tonnes de mâchefers dont on ne sait que faire et qui contiennent, entre autres, des métaux lourds. La quantité d’eau nécessaire pour le traitement de 40 000 tonnes de déchets représente jusqu’à 64 millions de litres par an, alors que la sécheresse menace. Et cette eau doit être épurée. Bref, l’incinération est une calamité".
Concernant les volumes, J.-P. Bonnin avance l'argument du rendement en affirmant que tri et incinération ont le même. Hélas, selon lui, la deuxième option pollue, pas la première, qui est donc l’alternative souhaitée. Et pour l’encourager, il existe la pesée emportée qui consiste en la pesée des déchets par les personnels techniques au moment du ramassage et à instaurer une taxe au poids pour encourager les habitants à trier.
Dans l’attente d’un dénouement
Pour l’heure, le président du SMEVOM attend la réponse du président de la CAMVAL quant à sa demande d’emplacement pour l’usine. "S’il refuse l’emplacement situé sur la zone d’aménagement économique communautaire, le SMEVOM sollicitera d’autres mairies, y compris Charnay. Et si personne n’en veut, nous demanderons un dédommagement des frais engagés depuis dix ans."
Jean-Pierre Bonnin, de son côté, annonce la couleur : "Nous sommes prêts à manifester. Il en va de la santé publique". La polémique bat son plein.
Rodolphe Bretin
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