Lutiléa : cinquante bénévoles contre l’illettrisme à Mâcon


Terrible constat que celui de l’illettrisme et de l’analphabétisme quand l’école est obligatoire de 6 à 16 ans.
C’est bien la preuve qu’elle ne peut pas tout et qu’en ce domaine les difficultés sont multifactorielles, l’environnement affectif y étant pour beaucoup. Baisser les bras reviendrait à se résigner, attitude inenvisageable pour la cinquantaine de bénévoles qui s’impliquent dans le dispositif Lutiléa (lutte contre l’illettrisme et l’analphabétisme).
Un récent rapport d’étape de la Région indique que la difficulté principale éprouvée par les organismes d’accompagnement et de formation réside dans l’identification des personnes concernées. En 2007, sur le département, sur deux cents jeunes signalés suite aux journées d’appel pour la défense, un seul s’est rendu à Lutiléa. De l’identification à la remédiation, le chemin est donc très long. D’autant que la prise de conscience est lente et que la majorité des personnes n’achèvent pas leur formation.
Illettrisme ou analphabétisme ?
La personne illettrée peut lire une affiche ou un gros titre de journal. En revanche, par manque de pratique, elle a perdu sa capacité d’analyse et de relativisation. Non scolarisé, l’analphabète est dans l’incapacité totale de lire. Il s’agit le plus souvent des personnes qui arrivent de l’étranger. Les objectifs seront différents selon le cas rencontré par l’accompagnateur bénévole.
Ces personnes en difficulté sont orientées vers Lutiléa par des partenaires comme l’ANPE, la Mission locale ou les CCAS. Le préalable à toute réussite est l’envie, la motivation : "Il y a souvent un élément déclencheur qui fait qu’une personne va entamer une démarche de formation. Je pense à cette jeune fille qui veut passer son code et qui a pris conscience qu’elle aurait beaucoup de peine compte tenu de ses difficultés ou ce parent qui souhaite suivre la scolarité de son enfant qui entre au CP et qui est dans l’incapacité de le faire".
Encadrés par Laurence Mitton, les bénévoles s’attellent à la tâche de remédiation en consacrant deux heures par semaine de leur temps. "Remédiation, nous tenons à ce terme car l’accompagnement n’est pas un cours scolaire, les personnes qui ont besoin de nous doivent d’abord apprendre à apprendre en retrouvant une attitude de conscience de ses possibilités. Si l’on parle de pédagogie à l’école, nous parlons andragogie à Lutiléal, la pédagogie adaptée aux adultes." Chacun est formé à la relation interpersonnelle et accompagnée dans la construction du parcours qu’il élabore avec la personne prise en charge.
Hélas, déplore l’animatrice, les décideurs politiques ne croient pas dans la potentialité du changement. En conséquence, les moyens manquent. "C’est vrai, il faut beaucoup d’argent pour de petits résultats. La question est de savoir où l’on place les priorités."
Si vous souhaitez donner un peu de votre temps à quelqu’un, contacter Lutiléa au 03 85 38 38 08 ou rendez-vous au 19 de la rue Mathieu à Mâcon. Le dispositif est géré par l’association Le Pont et financé par les Conseils généraux et régionaux et par l’Etat.
Rodoplhe Bretin
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