Les chantiers maudits de Villefranche

Après le glissement de terrain du parking Boiron, les fissures de l'école Dumontet, c'est au tour du foyer l'Accueil, voisin des travaux de la nouvelle CPAM, de voir ses murs lézardés.
Nouvel avatar dans la litanie des "chantier maudits" du quartier Boiron, des fissures sont apparues jeudi dernier sur les murs du foyer l'Accueil, sis boulevard Gambetta à Villefranche, qui borde immédiatement le chantier d'où émergera le futur siège de la CPAM.
"A 11 h 15, raconte le directeur Xavier Bridault, des employés ont entendu les murs craquer et nous avons vu des fissures apparaître sur le sol de la cuisine. En faisant le tour du foyer, j'ai vu des fissures sur la façade." Et, devant l'entrée du foyer, une fuite d'eau est apparue sur la conduite qui dessert tout le boulevard.
Par mesure de précaution, une quinzaine de locataires de ce foyer pour jeunes actifs étaient évacués, alors que la salle du restaurant, où 250 couverts sont servis chaque midi, était fermée.
La façade contrôlée chaque jour
Dès le lendemain, l'expert nommé par le tribunal de Villefranche a autorisé le foyer à reprendre ses activités normales, et le chantier de la "sécu" à redémarrer, sous conditions : l'entrée des engins de chantier ne se fait plus par le boulevard et la pose de tirants - des pieux de plusieurs mètres pour stabiliser le chantier - n'est plus autorisée sous les murs d'angle du foyer. L'incident se serait en effet produit au moment où des trous pour installer les tirants étaient creusés. Enfin, un géomètre viendra, chaque jour, vérifier que la façade du Foyer ne bouge pas.
Mais tout n'est pas rentré dans l'ordre pour autant. A l'Accueil, le président de l'association gestionnaire des lieux, Michel Geernaert, déplore les multiples fissures apparues dans l'angle nord-ouest du bâtiment. "Deux chambres sont d'ores et déjà inutilisables", confie-t-il. Des chambres flambant neuves qui plus est. "Le premier locataire de l'une d'elles devait emménager le soir même !" Engagé dans un projet de rénovation d'un coût de 3,2 millions d'euros, dont deux tiers de fonds propres, le Foyer a un équilibre financier fragile. "Nous ne pouvons pas fermer longtemps notre restaurant qui finance pour une part notre association", annonce le président qui conserve un œil circonspect sur le décaissement à venir du chantier de la CPAM, jusqu'à moins huit mètres. "L'expert nous garantit néanmoins que la sécurité est assurée," terminent les responsables.
CPAM : "On nous accuse un peu vite"
Christine Couderc, la directrice de la "sécurité sociale", veut, elle, attendre les conclusions de l'expert, annoncées pour le 20 janvier 2006, avant de tirer des conséquences. "Pour l'instant, c'est prématuré. Rien, à ce jour, ne dit que le chantier de notre nouveau siège est la cause des fissures du foyer l'Accueil, ni de la fuite d'eau du boulevard Gambetta. L'expert doit trouver les causes : est-ce l'eau de la fuite, ou bien le terrain?"
Et la directrice de rappeler qu'un luxe de précaution a été pris avant le début des travaux : "un référé préventif a été effectué sur l'école Dumontet, la propriété Marty et le foyer l'Accueil, les trois bâtiments qui bordent notre chantier. Et l'expertise a montré que les constructions en pisé avaient déjà des fissures. Ensuite, nous avons choisi de construire, avec un important surcoût (150 000 euros, ndlr), nos murs en parois moulées, plutôt qu'en berlinoise*. Nous avons injecté des produits qui maintiennent la pression dans le sous-sol pendant que les parois sont moulées, il n'y a donc pas de problème de ce côté-là."
Générale des eaux : "une cassure nette"
Pour Thierry Roques, directeur de la Générale des Eaux, la fuite du boulevard Gambetta est une conséquence et non une cause. "Nos techniciens ont constaté une cassure nette sur la canalisation en fonte de 100 mm, soit de petit diamètre. Même si elle a plus de trente ans, elle ne peut pas se casser toute seule."
"Seul un mouvement de terrain peut expliquer une cassure comme celle-ci", poursuit-il, ajoutant que la fuite était survenue juste avant que ses services ne soient prévenus. "Lorsque nous avons creusé, le terrain ne s'est pas affaissé, preuve qu'il n'était pas encore gorgé d'eau." Des recherches d'autres fuites ont été réalisées dans le quartier en début de semaine : une seconde fuite, symétrique de la première par rapport à l'angle du bâtiment, a été détectée et réparée.
En conclusion, et toujours selon M. Roques, "il est rare que l'on trouve deux casses symétriques sur la même conduite et ce serait surprenant que ces fuites aient provoqué les fissures du foyer, mais nous attendons les conclusions de l'expert."
Bref, l'habituel jeu du "c'est pas moi, c'est l'autre" débute dans ce dossier, où le Foyer espère bien se faire indemniser, sans savoir comment. Ni quand.
A titre indicatif, le rapport d'expertise de l'affaissement du parking Boiron n'a toujours pas été rendu, et les responsabilités pas encore tranchées, deux ans et demi après les faits...
D.B.
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