Salles-Arbuissonnas : bataille autour d'un permis de construire

Une lutte engagée après l'acceptation d'un permis de construire en juin 2005, en vue de la réalisation d'une maison d'habitation comprenant deux logements, rue du Marché, sur un terrain d'environ 500 mètres carrés. Une parcelle située dans le périmètre de protection de 500 mètres tracé autour de l'église, via une Zone de Protection du Patrimoine Architectural et Paysager (ZPPAUP) créée en 1990.
Mme Desthieux, appuyée par cinq riverains, a déposé un recours devant le tribunal administratif de Lyon afin de faire annuler ce permis de construire. Elle se pose en gardienne "d'un patrimoine unique au monde", prolongeant ainsi une tradition familiale, son mari ayant été l'un des premiers à valoriser ce lieu magique. L'ensemble formé par l'église romane (XIe), le cloître (XIIe) et la salle capitulaire (XVe) représente en effet un trésor historique, œuvre des moines clunisiens, prolongée par les bénédictines de Grelonge.
Pour Me Jean-Jacques Rinck, qui intervient dans l'intérêt des riverains, la défense ce sanctuaire a priori intouchable n'est pas à la hauteur de la qualité du site : "L'architecte des Bâtiments de France a émis deux avis défavorables, avant de changer son fusil d'épaule. A l'image de ce qui s'est passé pour le mémorial arménien à Lyon, cette affaire pose une fois de plus la question de son indépendance".
Intérêt public contre intérêts privés
Avocat au barreau lyonnais, l'homme dénonce certaines irrégularités dans le projet de construction, également entériné par la municipalité et l'Etat via les services de la DDE et la préfecture. "Les plans n'ont pas été réalisés par un architecte comme l'exige la loi pour toute construction supérieure à 170 mètres carrés". Selon Me Rinck, "derrière la personne physique de Mme Sylvie Dubouis, se cache une société de placements de capitaux internationaux qui n'a que faire de la protection du site".
Un argument réfuté depuis par Mme Dubouis, qui a réaffirmé son droit à construire à titre personnel.
Me Rinck précise cependant "que ce n'est pas le fait de construire qui est combattu, mais le projet architectural. Nous demandons que la construction soit intégrée dans le site".
Dans l'attente de l'avancement de la procédure devant le tribunal administratif, le permis de construire est pour l'instant suspendu. Mais la bataille est loin d'être terminée...
Cette histoire illustre en tout cas une problématique forte en Beaujolais : comment concilier conservation de l'identité régionale et pression immobilière ? Un équilibre reste à trouver.
Julien Verchère






