Immobilier : Lachassagne vole au secours du château

Pour Pietrapolis, promoteur, l'affaire est entendue. Et les potentiels acheteurs se pressent chaque jour devant les grilles pour visiter "leur" bout de château.
C'est sans compter sur la force d'opposition des habitants... Pour l'heure, la protestation ne présente pas un front uni. Mais elle déboule de tous côtés. Alain Presle, habitant de la commune, tente de monter un comité de défense pour "la sauvegarde d'un bourg rural des pierres dorées". Une première réunion lui a permis d'attirer une vingtaine de personnes. "Ce projet est une catastrophe. Il dénature l'édifice, il touche à l'histoire du lieu et à celle du village", argumente-t-il.
Dans le même temps, une association de copropriétaires s'élève elle aussi contre le projet, mettant en avant un problème de voisinage. Ses dix-sept membres ont fait l'acquisition en 2002 d'appartements vendus... par M. Greenland, à proximité immédiate du château. Avec ce second projet, les promesses concernant l'espace et le calme du lieu, vantées dans des brochures publicitaires, ne leur semblent pas tenues. L'association aurait pris contact avec un avocat pour étudier d'éventuelles suites judiciaires.
Quant au conseil municipal, il a rejeté le 7 février dernier le permis de construire déposé fin 2005. Une décision prise à l'unanimité.
Des craintes multiples
Quelles sont les raisons profondes d'une telle levée de bouclier? Au-delà du bâtiment, c'est l'avenir de plus de 60 hectares situés au coeur de la commune qui se joue. "Le château, le parc, le vignoble, tout cela forme un ensemble. Avec le démembrement programmé, la viticulture disparaîtra, les murs de pierres dorées se dégraderont, le parc se transformera en friche", exprime M. Presle, qui lance un appel aux pouvoirs publics. "On a une richesse incroyable à préserver. Pour cela, il faut que ce Château passe dans le domaine public", estime-t-il.
Pour Jean Etienne, maire de la commune, "ce projet ne respecte pas les orientations du Plan Local d'Urbanisme (PLU) adopté en 2003". Et le premier édile d'ajouter des raisons techniques et "idéologiques" à ce refus : "D'une part, les accès pour les véhicules, y compris ceux de secours et d'incendie, sont un casse-tête. D'autre part, le château est un élément valorisant pour l'image du village".
Résultats positifs
Hilary Karlson, co-gérante du Château, a des difficultés à s'expliquer la décision du propriétaire. "Quand nous avons pris la gérance du château en 2001, M. Greenland nous a donné comme mission d'ouvrir le Château vers l'extérieur. Et les résultats sont très positifs. Les ventes ont progressé de 30% l'an dernier, avec un prix moyen de 6 euros par bouteille", explique Mme Karlson, qui a également noué des liens solides avec les habitants.
Quel intérêt alors à se séparer d'une affaire qui a le vent en poupe? "Greenland n'a jamais su quoi faire de ce château", relève un observateur. "Il y a eu d'autres propositions d'achat, plus en phase avec la configuration des lieux, mais elles n'ont pas été sérieusement étudiées. C'est une position d'investisseur, sans doute influencé par les promoteurs", ajoute-t-il.
L'affaire devrait connaître nombre de rebondissements dans les prochaines semaines. Très irrité d'avoir reçu mercredi un courrier envoyé par l'avocat de M. Greenland et de Pietrapolis, -"ils essaient de m'impressionner"-, M. le maire annonce en effet le passage d'un architecte des Bâtiments de France la semaine prochaine. "Il y a sans aucun doute des éléments à classer dans ce château. On va tout faire pour gagner du temps". L'idée d'un référendum populaire commence même à planer sur Lachassagne. "L'affaire du Château" ne fait sans doute que commencer.
Julien Verchère






