Projets autoroutiers : le Beaujolais ne veut pas être une voie de secours

Une loi votée par le Parlement vient d'installer officiellement le tronçon Balbigny - La Tour-de-Salvigny de l'autoroute A89. Pourtant les élus et associations se déchaînent contre son tracé et celui du barreau qui doit relier l'A6 à l'A89 en passant par Ambérieux d'Azergues. Le point sur un dossier vieux de 15 ans, qui prend un tour politique majeur.
Très sollicité par les élus et notamment le maire d'Ambérieux, le ministre des Transports promet dans un entretien la concertation autour du barreau A6 - A46. Mais reste ferme sur la nécessité du projet. Difficile d'imaginer, cependant, qu'il puisse être "provisoire".
Le Patriote : Le projet de loi sur l'A89 a été adopté le 23 février par l'Assemblée. Paradoxalement, le tracé Balbigny/La Tour-de-Salvagny et le barreau de liaison suscitent encore l'opposition des élus et des habitants. D'autres alternatives sont étudiées ?
Dominique Perben : "Comme j’ai eu l’occasion de la préciser lors de la discussion de ce projet de loi à l’Assemblée et au Sénat, il y a deux parties : d’une part Balbigny/La Tour-de-Salvagny pour lequel le tracé est arrêté et a été déclaré d’utilité publique depuis 2003 ; et d’autre part le raccordement à l’agglomération lyonnaise, qui sera réalisé simultanément à l’autoroute A89. Ce  raccordement se compose d’une liaison vers l’autoroute A6 et d’une bretelle entre les autoroutes A6 et A46. Cette liaison et cette bretelle seront soumises à l’enquête publique l’année prochaine. Elles seront réalisées d’ici 2012 tout comme l’autoroute A 89."
Mais le tracé actuel du barreau est vivement contesté notamment à Ambérieux. Où en sont les discussions ? D'autres tracés peuvent-ils être envisagés ?
"C’est précisément l’objet des études qui sont en cours. J’ai souhaité que ces projets fassent l’objet d’une large concertation pour bien prendre en compte tous les avis et toutes les contraintes. Il faudra ensuite décider des tracés que nous pourrons adopter. Puis ils seront soumis à enquête publique."
Concernant Ambérieux, les problèmes sont multiples : ce "barreau" passe en zone inondable et sur une des seules zones d'extension possibles de la commune. Le projet prend-il en compte ces données ?
"Nous sommes dans un site très contraint. Les études sont en cours et, nécessairement, nous tiendrons compte des problèmes d’inondations. C’est d’ailleurs une obligation légale pour nous. Le projet sera notamment conçu pour éviter une aggravation des inondations et donc pour ne pas empiéter sur les zones d’expansion des crues. Nous tiendrons également compte de l’urbanisation future de la commune."
Le raccordement A6 - A46 n'est-il pas mis en place pour remplacer le COL (contournement ouest de Lyon) ? La colère des riverains du raccordement n'est-elle pas compréhensible qui "paient" pour l'Ouest lyonnais ?
"Les personnes qui viennent de l’Ouest, de Clermont par exemple, et qui veulent aller à Satolas ou dans les Alpes emprunteront l’A 89. Faut-il qu’ils traversent Lyon ? Faut-il qu’ils empruntent l’A 47 et qu’ils contournent toute l’agglomération pour prendre leur avion ou se rendre à Annecy ? Je pense que ce barreau est nécessaire, au moins à titre provisoire."
N'est-il pas logique de penser que, pour aller d'ouest en est, les     automobilistes qui utilisent l'A89 vont passer par le Sud, donc par Lyon, plutôt que de remonter par le Nord avec un surcroît de kilomètres ?
"Un automobiliste qui veut aller à l’Est aura un choix relativement simple à faire : utiliser une autoroute qui aura été conçue pour lui garantir un temps de parcours et une fluidité ; ou pénétrer dans l’agglomération sans aucune certitude du temps que cela lui prendra. Je ne suis donc pas du tout convaincu qu’il choisira de traverser tout Lyon. De plus, vous connaissez déjà le dispositif de signalisation que nous avons mis en place sur les autoroutes existantes sur les autoroutes A6 et sur le contournement Est. Vous avez constaté son efficacité. Je suis sûr qu’on peut guider les conducteurs à faire le bon choix, c’est à dire celui qui leur fait gagner du temps et qui évite qu’il ne traverse l’agglomération."
Concernant le désenclavement de la Loire et de Tarare, le projet ne va-t-il pas avoir l'effet inverse ainsi qu'il est souvent observé avec les équipements autoroutiers ?
"J’ai du mal à imaginer que Tarare soit moins bien desservi parce qu’on aura réalisé une autoroute et qu’un nouvel échangeur permettra à ses habitants de l’emprunter en quelques minutes. Ils auront la possibilité de se rendre en moins d’une demie heure à Lyon. Ce sera un atout formidable que les habitants pourront mettre à profit."
L'UDF a contesté le projet de Loi sur l'A89, ainsi que son tracé. Ce dossier ne sert-il pas contre vous et votre candidature à la mairie de Lyon ?
"Je crois qu’il ne faut pas tout mélanger. L’exercice de la responsabilité ministérielle ne peut s’accommoder d’arrangements d’autre nature… Ce projet est un bon projet en terme d’aménagement du territoire et de contribution au développement de l’aire métropolitaine lyonnaise. Naturellement, un tel projet n’est pas une virtualité et cette infrastructure va effectivement passer sur le territoire, mais sa pertinence globale doit être avant tout appréciée à la bonne échelle."
Vous êtes candidat à la mairie de Lyon, en cas de victoire quelle sera votre attitude par rapport au Beaujolais ? La plaine des Chères va-t-elle conserver son rôle de "zone     tampon" ? Ou bien, l'incorporation au Grand Lyon du sud Beaujolais est-elle inéluctable comme pour Givors ?
"Ce genre d’approche ne se décrète pas et ne doit pas faire l’objet d’une trajectoire mécanique, comme si les choses étaient inéluctables ou allaient de soi. Ce débat est largement aujourd’hui dans les mains des élus du sud Beaujolais qui doivent l’aborder clairement avec les populations qu’ils représentent, s’ils le souhaitent."
RECUEILLI PAR D.B.
| Mentions légales |   | Connexion |   © Création du site Internet et référencement : Appli-Box