HBCV : la mort d’un club historique en France


Le Handball Club Villefranche Beaujolais, vieux de plus de soixante ans, n’est plus. Créé alors que ce sport venait seulement de s’éveiller aux yeux du monde, il était un des premiers à avoir vu le jour en France. Récit de sa riche histoire, qui méritait assurément un autre épilogue.
Rares sont les clubs de handball qui peuvent se targuer d’avoir plus de soixante ans d’existence. Comme aime à le rappeler Christian Crosaz-Blanc, dernier président à avoir officié à ce poste, le HBCV est un des tous premiers en France à avoir vu le jour, officiellement à la date du 4 octobre 1945, juste au sortir de la seconde guerre mondiale. De ce fait, le club caladois goûte dès ses premières saisons aux joutes des championnats nationaux, niveau qu’ils fréquentera durant quasiment l’intégralité de son riche vécu, mis à part à la fin des années 50, à une époque où, faute notamment aux départs de ses plus jeunes joueurs, le HBCC comme il s’appelle alors, doit se contenter des divisions régionales.
Porte-drapeau du hand Français dans le monde
Existant tout d’abord sous l’égide du Moto-Club Villefranche, le handball local vole par la suite de ses propres ailes, et participe dès 1948 au championnat du Lyonnais, à la Coupe de France ainsi qu’au championnat de France. Un an auparavant, il organise son tout premier tournoi international, avec la venue du club autrichien du Wiener Athletic Club. C’est d’ailleurs grâce à ses nombreux déplacements hors de leurs frontières dans les années 60 et 70 (Allemagne, Turquie, Suisse, ex-Yougoslavie, Hongrie, Luxembourg, Pays-Bas…) que les Caladois acquièrent une certaine notoriété, et gagnent le respect. On peut parler d’un club porte-drapeau, ambassadeur du handball français dans le monde. L’ultime tournée à l’étranger des joueurs beaujolais se fera à Prague, dans l’ex-Tchécoslovaquie, en 1995.
Si son rayonnement à travers les frontières est incontestable, ses performances dans l’hexagone sont toutes aussi méritoires, avec une première accession à la Nationale 1 (Division 1 actuelle) en 1967, suivie d’une seconde deux ans plus tard. Les sixties voient d’ailleurs l’arrivée en Calade des premiers joueurs de renommée nationale, voire mondiale : on pense à Max Vignat, alors capitaine de l’équipe de France, Cvitejic, international yougoslave élu troisième meilleur mondial en 1958, Jean-Louis Castant, international Juniors, ou encore Hylenveck, portier de l’équipe de France espoirs. Malheureusement, cette équipe porteuse des plus beaux espoirs sur le papier n’a pas les résultats escomptés.
Un tremplin pour Munier et Paty, futurs internationaux
Il faut en fait attendre le milieu des années 80 pour voir le HBCV (nouvelle appellation) remporter ses premiers titres de prestiges. Avec dans ses rangs un petit jeune nommé Laurent Munier, qui deviendra quelques années plus tard champion du monde en 1995, le club rhodanien est sacré champion de France de Nationale 1 B (échelon 2 de la hiérarchie), et gagne son ticket pour l’Elite. Mais encore une fois, la redescente est immédiate et il faut attendre l’année 2004 pour revoir Villefranche au sommet de la hiérarchie, à l’issue d’une saison en tout point mémorable, qui le voit consacrer champion de France de D2, sous l’impulsion des Chapuis, Brestovac, Benkahla et Cédric Paty, alors arrière droit devenu depuis pilier de l’actuelle sélection nationale au poste… d’ailier. La saison suivante est rythmée par des exploits qui ont fait la légende du club, avec les victoires historiques face à Chambéry dans un palais des sports en feu archi-bondé, et la correction infligée aux Nîmois dans leur salle.
Seulement voilà, les problèmes financiers commencent à faire surface. Et malgré une nouvelle accession en LNH en 2007, le président Crosaz-Blanc voit partir ses meilleurs joueurs, remplacés en urgence à l’Aube de ce qui restera la dernière saison du Handball Club Villefranche Beaujolais. Sûrement pas l’un des meilleurs en terme de résultats et de régularité au haut niveau, la mort du HBCV est cependant bien celle d’un club historique de ce sport en France. Et cela n’en est que plus triste.
Dominique Trompille
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