Vinokourov dopé, Calzati et Bessy écœurés

Les deux coureurs locaux ont accepté de témoigner suite à la nouvelle affaire de dopage qui secoue le Tour de France.
Ils disent leur dégoût, mais évoquent également leurs espoirs de voir émerger un cyclisme plus propre.
On a touché le fond". Sylvain Calzati n'y va pas par quatre chemins pour décrire le marasme dans lequel est englué le cyclisme professionnel en général, et le tour de France en particulier. Après l'annonce mardi soir du contrôle positif subi par le Kazakh Alexandre Vinokourov (Astana), double vainqueur d'étapes cette année à Albi (contre-la-montre) et Loudenvielle, Calzati redoute la réaction de l'opinion publique. "On va encore être tous mis dans le même sac. On va se foutre de notre gueule... C'est très difficile à vivre pour tous ceux qui ne trichent pas", exprime le coureur d'Ag2R, qui a par ailleurs abandonné en fin de semaine dernière (voir par ailleurs). "Vinokourov a été pris, tant mieux. Il faut continuer à faire la chasse", ajoute Sylvain Calzati, pour qui un tour de France sans dopage est possible. "L'an passé, j'ai gagné une étape, sans avoir besoin d'une perfusion ou d'une injection", assure-t-il. "Le dopage est désormais le fait d'une minorité, mais ce sont malheureusement ceux qui sont en haut de l'affiche. Par ricochet, on passe tous pour des criminels. J'en ai marre que le cyclisme soit uniquement présent dans la rubrique faits divers des journaux. Je dénonce une forme d'acharnement contre le monde du vélo. Nous ne sommes pas la seule discipline touchée par le fléau", délivre Sylvain Calzati.
Bessy : "J'ai bien connu "Vino" "
Frédéric Bessy (Cofidis) est également un témoin privilégié de cette nouvelle affaire de dopage. Le coureur domicilié à Cogny a en effet passé deux saisons dans la même équipe que Vinokourov. "J'ai bien connu "Vino". On était ensemble chez Casino, de 1998 à 2000. Il faisait ses débuts chez les pros. C'était un diamant brut, avec des qualités physiques, mentales et humaines au-dessus de la moyenne", se souvient Bessy. "Aujourd'hui, ce n'est clairement plus le même homme. Avec la montée des ambitions, il a fini par dériver. C'est un coup très dur pour le vélo, car c'est un coureur charismatique, très apprécié en France."
Non sélectionné sur la Grande boucle cette année, Bessy n'en reste pas moins un observateur avisé, après dix années déjà passées au sein du peloton professionnel.
"Le dopage de masse n'existe plus, estime-t-il. La majorité des coureurs a compris, mais il reste encore des tricheurs. Aujourd'hui, les gros coureurs se font prendre, ce qui n'a pas toujours été le cas par le passé. Il faut aller au bout de la lutte", ajoute "Fredo", qui ne cache pas sa frustration. "J'aurais passé toute ma carrière dans la période noire du cyclisme, entouré de tricheurs. J'aurais pu faire mieux si le cyclisme avait été plus propre. Quand je regarde dans le rétro, je suis un peu amer. J'ai l'impression d'avoir parfois été volé." Avec une seule victoire au compteur (GP de Lugano) mais de nombreuses places d'honneur, Frédéric Bessy est en droit s'interroger...
Mais il veut conclure sur un note positive. "Le Tour de France ne peut pas mourir. Il faut rebondir, explorer de nouvelles idées, notamment en direction des jeunes. On pourrait par exemple créer des centres de formation, plutôt que de laisser les coureurs chacun de leur côté, un peu livrés à eux-mêmes", imagine Bessy, qui, une fois sa carrière terminée, pourrait bien se muer en artisan d'un cyclisme renouvelé.
Julien Verchèr
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