Emilie Charmy : enfin dévoilée


Autoportraits, nus, paysages, portraits de personnalités, Emilie Charmy se distingue par la diversité de ses œuvres. N'appartenant à aucune chapelle, elle a su briser les tabous. Seule sa sensibilité a construit la ligne directrice des différentes séries de tableaux qu'elle a réalisées. Peintre oubliée, liée avec Camoin et Matisse, Emilie Charmy fait l'objet d'une exposition hors du commun au musée Paul-Dini.
Après l'exposition "Les femmes peintres et l'avant-garde 1900-1930", qui était consacrée à Suzanne Valadon, Jacqueline Marval, Emilie Charmy et Georgette Agutte en 2006, le musée Paul-Dini se penche sur la peintre stéphanoise Emilie Charmy (1878-1974).
Une rétrospective nous entraîne dans le sillage de ses débuts, soit de 1898 aux années 1960,  auprès du peintre Jacques Martin à ses compagnonnages parisiens Charles Camoin, Georges Bouche, Elie-Joseph Bois ou encore Colette. En tout une centaine d'œuvres dont soixante-dix inédites provenant de collections particulières sont présentées sur tout le premier étage du musée. "Emilie Charmy est toujours restée en dehors des mouvements classiques, c'est une artiste caméléon" souligne Sylvie Carlier, commissaire de l'exposition et conservateur du musée.
Et Maurice Serrulaz déclarait : "Charmy est un grand peintre libre, sans influence, sans procédés, elle se fait un royaume à part, où règnent les seuls caprices de sa sensibilité". Elle a étudié le nu dans l'atelier lyonnais de Jacques Martin et peint alors la nudité dans des formes troublantes. A propos du tableau "Nu tenant son sein" dont l'érotisme se dégage, Sylvie Carlier commente lors d'une visite guidée : "Le peintre fait trembler la chair du désir". Toute une salle du musée est consacrée aux nus. On retrouve dans ses séries Colette en 1920. Colette, qui figure également dans la série de portraits que le peintre a réalisés pendant les années 1930. On s'arrête volontiers devant le portrait d'Aristide Briant et devant celui le représentant sur son lit de mort. Sa relation avec Elie-Joseph Bois, rédacteur en chef du journal le Petit parisien, l'amène à côtoyer le cercle parisien des personnalités politiques et littéraires (Roland Dorgelès, Francis Carco). Jusque dans les années 1930, la galériste Berthe Weil défendra l'œuvre d'Emilie Charmy. "Elle était très intéressée par une multitude de techniques, d'expériences et par une pléiade de mouvements artistiques, ce qui faisait d'elle une artiste caméléon" souligne Sylvie Carlier. Autre volet de l'exposition concernant Emilie Charmy : les vingt-cinq autoportraits sur les quarante estimés qui demeurent un des aspects des plus passionnants de son œuvre. "Tantôt masque, tantôt visages, ils changent au gré d'une évolution formelle déroutante" explique Sylvie Carlier. "Certains portraits donnent l'impression d'un masque sur le visage" ajoute-t-elle. L'exposition démarre par une série de tableaux où dominent les paysages dont une série est consacrée à la Corse. Charmy séjourne deux mois en Corse avec son compagnon le peintre Charles Camoin (1879-1965). D'où cette série sur la Corse où Emilie utilise des contours noirs dans ses compositions.
Cette exposition donne à voir la diversité de l'œuvre d'Emilie Charmy, une personnalité forte et audacieuse. "Elle a brisé tous les tabous et si je l'avais rencontrée, je serais tombé certainement amoureux" a lancé Jean-Luc Guénichon, adjoint à la culture.
Laurence Chopart
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