Entreprise. Yannick Chevillon : tout lui réussit

Mailing process joue sur la concurrence postale
Mais là où l'entreprise se démarque de la concurrence, c'est en allant plus loin que le dépôt en Poste : "Nous optimisons l'affranchissement, qui représente 60 % du coût d'un mailing. Tous mes confrères se battent sur les 40 % restants. Nous utilisons une quinzaine de postes étrangères à l'export pour nos clients français et étrangers. En gros, le gain est de 20 à 30 % par rapport à l'acteur institutionnel historique."
C'est en travaillant comme directeur commercial de la poste néerlandaise en France que Yannick Chevillon a réalisé qu'il y avait un marché à prendre, une niche qui n'était pas exploitée. "Pour un mailing de 50 000 plis, nous pouvons utiliser sept à huit postes différentes. L'optimisation se fait au moment du traitement du fichier d'adresses qui est découpé en fonction des postes utilisées en aval. Elles ont des typologies de polices différentes, des modes d'adressage aussi, le tri physique du courrier n'est pas le même non plus, ni les mentions obligatoires."
Aujourd'hui, Mailing process emploie trente-cinq personnes : sept à l'atelier PAO informatique éditique, quinze au service production, mise sous plis, tri façonnage, plus deux magasiniers-chauffeurs, onze employés administratifs non productifs.
Un départ fulgurant
Yannick Chevillon démarre en septembre 2002 dans la pépinière des anciens abattoirs. Il occupe, seul, un bureau de 20 m2. Il fait le même métier qu'aujourd'hui, mais ne s'occupe que du négoce et soustraite les tâches. "Je me suis vite aperçu des limites. En ne faisant que du commerce, on ne valorise pas l'outil de travail. La société ne vaut que sur votre tête, sa valeur n'a pas bougé au bout de cinq ou dix ans, même avec un beau parc clientèle."
C'est ainsi que Yannick Chevillon décide d'acquérir des machines et de faire lui-même un atelier de 300 m2 dans la pépinière. Pour cela, il embauche deux personnes, en octobre 2003, achète trois machines : mise sous pli, plieuse et une machine de personnalisation laser, une sorte de gros photocopieur permettant d'assurer le basique et d'avoir une autonomie.
D'octobre 2003 à 2004, Yannick Chevillon embauche trois personnes, il n'y a plus assez de place. Mailing process déménage dans 1 000 mètres carrés, rue Pierre-Berthier, qu'elle quitte pour 3 000 mètres carrés, voici deux mois.
En 2005, l'effectif est passé à dix-sept ; en 2006 à vingt-quatre... Il est aujourd'hui de trente-cinq : "Je ne mets pas de limite". Nouvelle phase : deux machines sont passées en deux-sept, Mailing process a besoin de personnel supplémentaire ; en octobre, tout le parc passera en deux-sept, avec de nouvelles embauches. "Nous avons établi un plan de croissance qui doit nous conduire en 2009 à un chiffre d'affaires de 8 millions d'euros. Nous sommes là à 4,5 millions, c'est donc ambitieux."
Une politique de ressources humaines atypique
Mailing process travaille avec Formavente, un organisme chargé de reclasser les gens en difficulté : "Nous avons embauché huit personnes par ce biais." Des gens en fin de droits de RMI, bousculés par la vie, par des divorces, avec des problèmes d'alcool, de toxicomanie, de justice... "Mais je suis mal à l'aise pour en parler, je ne voudrais pas froisser les personnes concernées. On a tous eu des moments difficiles et on est armé de façon inégale face à la vie, cela est lié à histoire, à l'enfance. On a tous le droit à une deuxième, voir une troisième chance." Mailing process a un besoin important en personnel. Il lui faut des gens qui ont besoin de travailler. "Nous sommes clairs dans notre discours, on n'est pas un CAT, ni des assistantes sociales. Les employés doivent avoir une rentabilité. Il est hors de question qu'ils soient favorisés, nous sommes vigilants, notamment en cas de problème avec l'alcool." A ce jour, seulement deux personnes qui ont rencontré plus de difficultés que prévu ont quitté la société. "C'est somme toute satisfaisant."
L'entreprise a une politique de ressources humaines atypique, sans avoir les moyens des grands groupes : "Il nous faut fidéliser notre personnel. Nous avons un kiné qui vient faire des massages de 20 mn sur les heures de travail." L'entreprise a aussi mis en place le quart d'heure petit déj' hebdomadaire, un moyen informel de dialoguer. Chaque jour d'anniversaire est un jour de congé offert par la direction. Mailing process a ouvert un plan d'épargne entreprise.
"Mon rêve, ajoute Yannick Chevillon, est de faire une salle de sieste, c'est difficile à mettre en place, mais je ne désespère pas". Nous vous l'avons dit Mailing process embauche...
Michèle Moreau
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