Blédina veut encore faire

En quoi, cette stratégie concerne-t-elle directement Villefranche ? "C'est que les craquottes et craquinettes, fleuron de l'industrie alimentaire, font partie du paquet cadeau" résume Michel Cathelin, responsable syndical CGT. Les craquottes, mises au point à Villefranche en 1978, sont toujours fabriquées en Calade. A ce jour, l'usine en produit 10 000 tonnes par an en sous-traitance pour le groupe LU ; leur fabrication représente 60 % de l'activité du site, occupe 80 salariés et représente un chiffre d'affaires de 50 millions d'euros. "Une nouvelle fois, dit la CGT, un fleuron de l'industrie française est bradé au nom de la rentabilité financière et de l'appétit des actionnaires, d'ailleurs ceux-ci peuvent se frotter les mains, car quelques heures après l'annonce de ce projet de cession, l'action Danone gagnait 3 % à la bourse." Le géant américain offrirait 5,3 milliards d'euros pour la branche biscuits et produits céréaliers, "une valeur qui va au-delà de tout ce qu'on pouvait penser" ajoute Michel Cathelin.
La CGT s'interroge sur la stratégie de Kraft foods à long terme, le groupe s'étant engagé à garantir les emplois sur trois ans. Il semble s'intéresser davantage à l'activité biscuits, la panification n'étant pas au rang de ses activités. Rappelons que Kraft Foods France est leader sur le marché du café torréfié et du chocolat en tablette avec les marques Carte Noire, Jacques Vabre, Grand’Mère, Maxwell House, Velours Noir, Milka, Côte d’Or, Daim, Toblerone et Suchard et le système de boissons chaudes Tassimo. Avec environ 1 250 collaborateurs, il a réalisé un chiffre d’affaires de 1 127 milliards d'euros en 2006. C'est une des sociétés du groupe Kraft Foods Inc, numéro 2 mondial de l’alimentation.
La CGT s'inquiète de la dimension de l'usine de Villefranche sur la carte mondiale, et des conditions matérielles de fonctionnement. La panification ne faisant pas partie de son cœur de métier, Kraft foods continuera-t-il à travailler en situation de donneurs d'ordre avec Villefranche ou reprendra-t-il la fabrication à son compte. Auquel cas, comment l'Américain pourra-t-il partager les murs et les frais fixes avec Danone. Se pose aussi la question du devenir du siège social qui emploie 400 personnes à Villefranche.
12,3 millions d'euros pour Numico
Moins d'une semaine après l'annonce du projet de vente de sa branche Biscuits à Kraft foods, Danone lançait une OPA amicale sur le Néerlandais Numico, numéro un européen de la nourriture pour bébé. L'offre recevait le soutien du conseil du groupe Néerlandais. Cette nouvelle annonce soulève à la fois des craintes et des espoirs. "Cela présente un aspect positif pour le groupe qui a intérêt à se diversifier, mais plus il grandit, plus Villefanche est petit, dit le responsable syndical. Encore faudrait-il que l'intérêt de Danone ne se limite pas à conforter son image de marque et que Numico ne soit pas une nouvelle monnaie d'échange destinée à la revente après restructuration."
Un immense espoir
Car l'usine caladoise a un vrai savoir-faire et une vraie place à défendre. Les salariés renouvellent leur demande de voir se renforcer la recherche et le développement de nouvelles productions afin de garantir et d'augmenter les emplois sur le site de Villefranche.
A l'issue du CCE de LU qui se tenait mercredi, Maryline Marcantonio, responsable de la communic ation de Blédina, annonçait avec prudence une avancée de la stratégie de Danone très positive pour Blédina. "Pour l'instant, disait-elle, les propositions de vente de LU et d'achat de Numico sont en cours d'études, il est difficile de se prononcer sur le sujet avant quelques mois." Elle ajoutait : "Si l'achat de Numico se concrétise, nous sommes fiers chez Blédina que l'alimentation infantile viennent au cœur de la stratégie de Danone. C'est ce qui a été annoncé aujourd'hui au comité central de LU. L'activité de Danone se déclinera alors autour de trois pôles : les produits frais laitiers, les eaux gazeuses et non gazeuses la nutrition dans lequel une part énorme sera donnée à l'alimentation infantile. On ne peut que se féliciter, c'est un peu notre réussite à nous."
Michèle Moreau
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