Crue du Morgon : aucun moyen d'éviter la catastrophe

Quelles leçons tirer des inondations du 2 novembre dernier, qui ont causé des millions d'euros de dégâts à Villefranche ? Tel était l'objet de la réunion publique organisée jeudi dernier par la municipalité en présence de plusieurs centaines de sinistrés.
La municipalité de Villefranche s'est livrée jeudi dernier à une grande opération transparence, faisant suite aux inondations du 2 novembre dernier. La rencontre avec la population s'est déroulée dans le cadre de l'Atelier, où plusieurs centaines de sinistrés avaient pris place, témoignage de l'importance du traumatisme subie par la ville.
Objectif de ce rendez-vous : détailler l'ensemble des faits et gestes des élus et agents de la ville de Villefranche, des services de l'Etat, des pompiers, et de tous ceux qui sont intervenus pendant et après cette catastrophe naturelle.
Il est en premier lieu ressorti des interventions à la tribune que l'inondation de la ville a bien résulté d'un épisode météo exceptionnel à cette période de l'année, 80 mm de pluie étant tombées en peu de temps sur des sols déjà gorgées d'eau. On aura également retenu qu'il n'existait aucun moyen de prévoir la catastrophe. Interpellé par le député-maire Bernard Perrut sur le rôle joué par l'Etat en amont pour donner l'alerte, le sous-préfet Bernard Guérin s'est défendu de toute faute des services de l'Etat. "Quand bien même une alerte orange aurait été donnée plus tôt dans la soirée, cette vigilance météo n'aurait pas correspondu pas à une procédure d'alerte. Quant aux systèmes de prévisions des crues, il n'en existe que sur les grands fleuves", a délivré M. Guérin, avouant : "Nous avons en France un problème de surveillance des petits cours d'eau. Nous n'avons à aucun moment vu le Morgon monter."
Beaucoup d'habitants s'étaient étonnés de ne pas avoir entendu la sirène sonner pour donner l'alerte, ce à quoi le sous-préfet a apporté une réponse très claire : "La sirène ne concerne que les risques technologiques et nucléaires. Il ne faut pas tout mélanger", a-t-il affirmé.
"Si elle avait sonné, il y aurait eu des centaines de morts", a estimé pour sa part Bernard Perrut.
Il n'empêche que tout n'a pas été parfait dans la façon d'alerter la population, comme l'a confirmé Bernard Guérin : "Si cela doit se reproduire, il faudra informer la population de façon différente. On peut imaginer un système de haut-parleurs sur les véhicules de secours".
Prolongeant le bilan donné par le commandant Clerc pour les pompiers, Bernard Perrut a ensuite longuement détaillé l'action des services municipaux "sur le pied de guerre dès 0 h 40", défendant avec vigueur la réactivité de la Ville. "Les services ont été irréprochables. Et que ceux qui savent poser des barrières en cinq minutes dans toutes les rues viennent me voir", a-t-il contre-attaqué.
Des travaux programmés
Quels travaux peuvent désormais envisager les pouvoirs publics pour tenter de minimiser le risque d'inondation lié aux crues du Morgon ? La réponse a été apportée par Jean Picard, président de la Communauté d'Agglomération de Villefranche, qui a présenté plusieurs projets de bassins de rétention et d'expansion destinés à atténuer les effets dévastateurs de ce type de crues torrentielles. "La CAVIL est déjà propriétaire d'un terrain à Gleizé où on va creuser un bassin de rétention de 78 000 mètres cubes en 2009, pour un investissement de 1,5 million d'euros", a-t-il dévoilé.
La parole a ensuite été donnée à la salle, de laquelle les questions ont fusé durant de longues minutes. Problèmes de franchises d'assurances, de frais de nettoyage, mais aussi interrogations sur le fond du problème. "Ces inondations ne sont-elles pas également liées à une urbanisation délirante, que ce soit avec l'aménagement de lotissements ou de zones d'activité ?", "Je suis troublé par l'accélération de la périodicité des phénomènes. La prochaine crue est pour 2011 ?", ou encore : "Est-ce que les zones touchées sont désormais considérées comme inondables et quel impact cela aura-t-il sur la valeur de nos biens immobiliers ?"
Les réponses apportées n'ont pas toujours satisfaits une population encore marquée par cette nuit terrible. Ainsi, au sous-préfet qui estimait qu'il faudrait désormais penser à se replier à l'étage en cas de pluies exceptionnellement fortes, une habitante du quartier de la Quarantaine a violemment répondu ceci : "Et les personnes âgées ou handicapées, qui vivent en rez-de-chaussée, vous en faites quoi, vous les laissez tomber ?"
Julien Verchère
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